La détrempe, et non la fresque

Couche de bleu égyptien sur un enduit, représentée en coupe. Schéma illustratif sans échelle de mesure. Aquarelle créée par IA.
Couche de bleu égyptien sur un enduit, représentée en coupe. Schéma illustratif sans échelle de mesure. Aquarelle créée par IA.

On parle volontiers de « fresques » égyptiennes. Le mot est impropre : les peintres posaient leurs couleurs, liées à une colle ou à une gomme, sur un enduit déjà sec.

Deux techniques à ne pas confondre

La fresque, au sens strict, consiste à peindre sur un enduit de chaux encore humide. En séchant, la chaux fixe les pigments dans la masse. Cette technique, maîtrisée dans le monde égéen puis à Rome et dans l’Italie médiévale, ne décrit pas la technique habituelle des décors funéraires pharaoniques. Les peintres égyptiens travaillent sur un support sec et ajoutent aux pigments un liant qui les fait adhérer : c’est une détrempe.

Les liants

Les analyses de laboratoire identifient des gommes végétales, comme la gomme d’acacia, et des colles d’origine animale. Le liant est mélangé au pigment broyé avec un peu d’eau, puis appliqué au pinceau. La composition des liants doit être vérifiée pour chaque œuvre : une apparence brillante ou jaunie ne suffit pas à identifier une recette.

Les enduits

Le support varie avec la roche. Sur un calcaire sain, une fine couche de plâtre suffit. Sur une roche médiocre, les artisans posent d’abord un enduit de limon mêlé de paille, puis un fond blanc de gypse ou de calcaire. L’Égypte pharaonique utilise surtout le gypse, cuit à basse température ; l’enduit de chaux, qui demande beaucoup plus de combustible, ne se répand qu’à l’époque ptolémaïque.

Pourquoi cette distinction compte

La détrempe reste sensible à l’eau. L’humidité, les crues ou les nettoyages maladroits peuvent dissoudre le liant et détacher la couleur. C’est l’une des raisons pour lesquelles les peintures ont souffert des inondations et des prises d’empreintes au XIXe siècle. Elle explique aussi les précautions des restaurateurs : chaque intervention commence par l’identification du liant et de l’enduit.

Parler de détrempe plutôt que de fresque n’est donc pas une coquetterie de spécialiste. Le mot juste dit comment l’image a été faite, et pourquoi elle est fragile.

Pour prolonger : Copier et abîmer · Du mur nu à la paroi d’éternité · Esna, temple de Khnum

Sources principales

Arts et savoirs