
Avant la couleur, il y a la roche, l’enduit, la grille et le trait rouge. Suivre le chantier d’une tombe thébaine, c’est voir une équipe transformer une paroi brute en image destinée à durer.
Une image pensée pour l’éternité
Dans une tombe ou un temple, la peinture n’est pas un ornement ajouté après coup. Elle fait exister ce qu’elle montre : l’offrande représentée continue d’être offerte, le défunt figuré continue de recevoir son culte. Cette efficacité impose une méthode. Chaque étape, de la préparation du mur au dernier trait, suit un ordre que l’on retrouve d’un chantier à l’autre, du Moyen Empire à l’époque ramesside.
Préparer la paroi
Lorsque la roche est un calcaire fin et sain, elle est simplement dressée, ses défauts comblés au plâtre, et elle peut recevoir un relief sculpté. Dans beaucoup de chapelles de la nécropole thébaine, la roche est au contraire fissurée ou friable. Les artisans la recouvrent alors d’un enduit de limon du Nil mêlé de paille hachée, puis d’une fine couche blanche de gypse ou de calcaire broyé.
Tracer avant de peindre
Sur ce fond, des lignes sont battues au cordeau trempé dans l’ocre rouge. Elles délimitent les registres et, pour les figures humaines, forment souvent une grille de proportions. Le dessinateur trace ensuite l’esquisse à l’ocre rouge. Des reprises à l’encre noire corrigent parfois un profil, une main ou l’emplacement d’un signe. Les parois restées inachevées conservent ces deux états, rouge et noir, côte à côte.
Poser les couleurs
Les couleurs sont appliquées en aplats, une teinte après l’autre, en commençant par les grandes surfaces : fonds, carnations, vêtements. Viennent ensuite les détails, comme les bijoux, les mèches des perruques ou les plumes. Un dernier contour, noir ou rouge sombre, précise les formes. Les pigments sont liés à une colle ou à une gomme et posés sur l’enduit sec : il s’agit d’une détrempe, non d’une fresque.
Ce que montrent les chantiers interrompus
Les égyptologues reconstituent cette chaîne grâce aux décors laissés à différents stades. La tombe d’Horemheb dans la Vallée des Rois, ou la chapelle de Souemniout à Thèbes, montrent sur un même mur la grille, l’esquisse, la correction et la couleur. Ces étapes ne racontent pas seulement une technique : elles révèlent une équipe, avec ses dessinateurs, ses sculpteurs et ses peintres, travaillant parfois en même temps dans des salles voisines.
Comprendre ces étapes aide à lire une paroi aujourd’hui. Une figure sans couleur n’est pas forcément effacée ; elle peut n’avoir jamais été peinte. Une couleur absente sous un trait noir peut signaler une correction ancienne plutôt qu’une perte.
Pour prolonger : Lire une tombe inachevée · Les tombes des nobles · La Vallée des Rois · Les « scribes des contours »
Sources principales
- Daniel Le Fur, « Les pigments dans la peinture égyptienne », dans Pigments et colorants de l’Antiquité et du Moyen Âge, CNRS Éditions
- Anna Serotta, Julie Marie Seibert et Isabel Stünkel, « Paint Like An Egyptian! », Metropolitan Museum of Art, 2020
- University College London, Digital Egypt for Universities, « Notes on the construction of formal compositions with guidelines and grids »