
En quelques mots
Esna, ville de Haute-Égypte bâtie au bord du Nil, se trouve à une soixantaine de kilomètres au sud de Louxor. Son temple était celui de Khnoum, le dieu local, dont une barque sacrée figure encore sur les murs. De ce grand sanctuaire ne subsiste qu’une partie, mais elle est entière : la salle hypostyle d’entrée, ou pronaos, que l’on compte parmi les six grands temples conservés de l’époque gréco-romaine, avec Philae, Kôm Ombo, Edfou, Dendérah et Athribis.
Ce que l’on découvre
Le temple se découvre en contrebas, au milieu des maisons et des rues de la ville actuelle, dont le sol s’est élevé au fil des siècles d’occupation. On descend vers la façade, puis on entre dans une salle de grès de 37 mètres de long, 20 de large et 15 de haut. Vingt-quatre colonnes, disposées en six rangées de quatre, portent le plafond ; chacune se termine par un chapiteau végétal au dessin différent de ses voisins. Cette variété, loin d’être un désordre, est l’un des traits des temples de cette époque.
Le pronaos n’était pas un édifice isolé. Il fut placé devant le temple proprement dit, qu’il devait éclipser par ses dimensions. Ce temple principal a disparu. Sa situation au cœur de la ville explique sans doute que la salle ait échappé aux carriers : utilisée au XIXe siècle comme entrepôt de coton, elle n’a pas servi de réserve de pierre comme tant d’autres monuments de la vallée.
Ce qu’il faut regarder
Il faut lever les yeux. Le plafond astronomique, longtemps noirci par la suie et la poussière, a été entièrement nettoyé entre 2018 et 2023 par une trentaine de restaurateurs égyptiens, dans un projet commun du ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités et de l’université de Tübingen. Les figures y ont retrouvé une palette dominée par le jaune et le rouge, très différente des blancs et des bleus clairs du plafond de Dendérah. On y reconnaît le soleil, la lune, les signes du zodiaque, les heures de la nuit et le jour de l’An. Dans l’une des travées, la déesse du ciel Nout avale le soleil du soir au-dessus d’un trio de divinités : Orion, Sothis (l’étoile Sirius) et Anoukis. Le retour de Sirius à l’horizon oriental, après environ soixante-dix jours d’invisibilité, marquait le Nouvel An et annonçait la crue, tandis qu’Anoukis présidait à son retrait.
Le nettoyage a surtout rendu visible ce qui n’avait jamais été sculpté. Près de deux cents inscriptions à l’encre, inconnues jusque-là, nomment des constellations et ont permis d’identifier des figures restées obscures, et de nombreux détails de hiéroglyphes n’existaient qu’en peinture. Plus bas, sur les parois et les colonnes, apparaissent des costumes royaux et divins, des couronnes et une procession de prêtres portant la barque sacrée de Khnoum.
Son histoire
Le sanctuaire remonte au moins à l’époque ptolémaïque, mais le pronaos visible est romain : il fut dressé au plus tard sous l’empereur Claude (41–54 apr. J.-C.), et sa décoration demanda sans doute près de deux siècles. Ses textes forment le dernier grand ensemble cohérent d’inscriptions hiéroglyphiques conservé. Admiré dès l’Expédition d’Égypte comme un modèle d’architecture de temple, il fut publié par Serge Sauneron, directeur de l’Institut français d’archéologie orientale, dans une série de volumes parus de 1963 à 1975, le dernier en 2009. Les restaurateurs poursuivent aujourd’hui le nettoyage des parois et des colonnes, et le plan du temple disparu, enfoui sous la ville, reste largement inconnu.
Sources
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Restaurierung der Tempeldecke im ägyptischen Esna abgeschlossen, université de Tübingen (2023) ; The Temple of Esna, projet de recherche, université de Tübingen ; Conservation of the Temple of Esna, American Research Center in Egypt.