Copier et abîmer : la tombe de Séthi Ier après Belzoni

Éléments de décor retirés de la tombe de Séthi Ier. Aquarelle créée par IA.
Éléments de décor retirés de la tombe de Séthi Ier. Aquarelle créée par IA.

En octobre 1817, Giovanni Battista Belzoni découvre la tombe de Séthi Ier. Pour la reproduire à Londres, il en prend des empreintes. Avec la crue de l’année suivante, ce sont les premières grandes blessures du monument.

Une tombe exceptionnelle

La tombe de Séthi Ier, dans la Vallée des Rois, est l’une des plus longues et des plus richement décorées. Ses reliefs peints couvrent les corridors et les salles jusqu’à la chambre funéraire. À sa découverte, en octobre 1817, les couleurs sont d’une fraîcheur remarquable.

Des empreintes pour Londres

Belzoni veut présenter la tombe au public européen. Avec ses collaborateurs, dont le dessinateur Alessandro Ricci, il copie les décors à l’aquarelle et prend des empreintes des reliefs. L’exposition ouvre à l’Egyptian Hall de Londres le 1er mai 1821 : des moulages en plâtre, peints d’après les aquarelles, y reconstituent les salles.

Pour obtenir ces empreintes, on appliquait sur la paroi de la cire, du papier mouillé ou du plâtre armé de fibres. En se détachant, ces matériaux ont emporté la peinture. Les prises d’empreintes répétées tout au long du XIXe siècle ont aggravé le phénomène : certaines parties de la tombe n’ont plus de couleur, et l’eau ou la cire ont laissé coulures et résidus. Les zones estampées présentent aujourd’hui un aspect visiblement différent des surfaces voisines.

La crue et le schiste

L’année qui suit l’ouverture, des eaux de pluie pénètrent dans les salles inférieures. Belzoni avait comblé le puits, qui recueillait l’eau, sans achever les digues prévues devant l’entrée. La partie basse de la tombe est creusée dans les schistes d’Esna, une roche argileuse qui gonfle fortement au contact de l’eau puis se rétracte en séchant. Ces mouvements ont fissuré la pierre et décollé l’enduit peint ; de grands pans de murs et de plafond sont tombés. James Burton fait achever les digues en 1825. L’humidité et la nature de la roche continuent pourtant d’agir.

Prélèvements et dispersion

D’autres atteintes suivent. Lors de l’expédition franco-toscane de 1828-1829, Champollion et Rosellini font découper deux montants de porte, aujourd’hui au Louvre et au musée archéologique de Florence. Lepsius prélève ensuite la face d’un pilier. Des fragments de la tombe sont désormais dispersés entre Boston, Paris, Berlin, Londres, Oxford, Bologne et Florence.

Réparer la mémoire

Aujourd’hui, la Factum Foundation et ses partenaires numérisent la tombe en haute résolution et recensent les fragments et les empreintes conservés dans les musées. La mission de l’université de Bâle inventorie depuis plus de vingt ans les fragments décorés de la tombe. Les aquarelles de Ricci et les moulages anciens, malgré les dégâts qu’ils ont causés, deviennent des témoins d’un état disparu.

Pour prolonger : La tombe de Séthi Ier · Giovanni Battista Belzoni · Séthi Ier · La détrempe, et non la fresque · Champollion et Rosellini

Sources principales

Retrouver cet épisode sur la frise du temps, 1817

Arts et savoirs