Descendre chez les rois

Thèbes-Ouest : la Vallée des Rois
Thèbes-Ouest : la Vallée des Rois. © L’Égypte, voyage au fil du Nil.

En traversant le Nil, je pense aux barques des morts. Mais, au seuil des tombes, ce sont surtout la pente, la chaleur et l’obscurité qui m’occupent. Chez Néfertari, il faudra aussi surveiller l’heure.

Les gardiens muets

Les colosses de Memnon nous attendent à la limite des cultures et du désert. Deux Amenhotep III immobiles, devant un temple presque disparu. L’un d’eux a pourtant eu sa voix : après le séisme de 27 avant notre ère, il émettait à l’aube un son que les Grecs entendaient comme le salut de Memnon à sa mère, l’Aurore. Une restauration romaine, vers l’an 200, l’a fait taire. Aujourd’hui, les gardiens de la nécropole nous laissent passer sans un mot.

Pendant la traversée du Nil, les felouques m’avaient évoqué les barques solaires qui conduisaient les rois vers l’au-delà. Maintenant que je suis sur la rive ouest, la montagne prend le relais. C’est vers elle qu’il faut aller.

L’ombre de Toutânkhamon

Dans la Vallée des Rois, je ne peux m’empêcher de penser à Toutânkhamon. Howard Carter a retrouvé sa tombe presque intacte en 1922. Le cercueil intérieur, en or massif, dépasse cent dix kilos ; même les petits objets du trésor témoignent d’un travail stupéfiant. Et ce roi est mort jeune, après un règne bref. Je tente d’imaginer ce que pouvait emporter Ramsès II, qui régna plus de soixante ans. La comparaison ne me donne aucune mesure : elle agrandit seulement ce qui a disparu.

Vallée des Rois : l’entrée de la tombe de Toutânkhamon (KV62)
Vallée des Rois : l’entrée de la tombe de Toutânkhamon (KV62). © L’Égypte, voyage au fil du Nil.

Claustrophobes s’abstenir

Devant l’entrée d’une tombe, l’or cesse pourtant d’être ma première préoccupation. Le couloir descend dans la roche ; l’éclairage est faible, l’air chaud, sec, étouffant. J’avance avec une légère appréhension. Les personnages peints semblent m’accompagner toujours plus bas. Puits, fausses portes, passages sans issue devaient arrêter les pillards. Ils n’ont guère résisté à l’appât des trésors. Pour le visiteur, la pente et la chaleur suffisent déjà à ralentir les pas.

La salle du sarcophage récompense la descente. Les peintures couvrent les murs, et j’essaie d’en suivre le récit : les livres de l’au-delà, Rê sous ses multiples formes, les douze heures de la nuit, puis la renaissance du matin. D’autres textes funéraires me reviennent, avec la pesée du cœur devant la plume de Maât, sous le regard de Thot. Osiris attend celui dont le cœur est léger ; Ammit dévore celui qui échoue. Je regarde ces figures avec toute l’attention possible, sans prétendre démêler leur monde en une visite.

Choisir sa tombe

Il faut ensuite choisir : la vallée compte une soixantaine de tombes, mais seules certaines sont ouvertes, par roulement. Les noms font hésiter. Thoutmosis III et les centaines de divinités de l’Amdouat ; Amenhotep II et la cache de momies royales ; Séthi Ier, avec ses peintures et plus de cent trente mètres de profondeur ; Ramsès VI et son plafond astronomique. La liste promet davantage que je ne pourrai voir. Chaque descente demande son temps, même quand le programme pousse à continuer.

Dix minutes chez Néfertari

Dans la Vallée des Reines, chez Néfertari, le temps devient au contraire la principale affaire. Après des années de restauration, les peintures de l’épouse de Ramsès II ont retrouvé une splendeur qui justifie bien des attentes. Le prix est élevé, la visite chronométrée. Le gardien m’accorde royalement dix minutes. Je descends, lève les yeux vers le plafond étoilé, voudrais m’attarder. Déjà, il faut remonter. Une minute grignotée sur l’horaire me vaut ses foudres.

Je sors furieux et frustré. Les tombes des fils de Ramsès III, Khâemouaset et Amonherkhepeshef, ne retiennent même pas mon regard. Je le regretterai plus tard. Pour l’instant, je pense à tout ce que ces dix minutes ne m’ont pas laissé voir.

Aujourd’hui : la momie de Toutânkhamon repose toujours dans sa tombe ; son trésor est désormais présenté au Grand Musée égyptien, au pied des pyramides de Gizeh.

Deir el-Bahari, chapelle d’Anubis du temple d’Hatchepsout : Thoutmosis III offre deux vases de vin à Sokaris, dieu à tête de faucon
Deir el-Bahari, chapelle d’Anubis du temple d’Hatchepsout : Thoutmosis III offre deux vases de vin à Sokaris, dieu à tête de faucon. © L’Égypte, voyage au fil du Nil.

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