
Dans les pas de Giovanni Battista Belzoni · 1817. Récit adapté du témoignage du voyageur.
Le bateau devait nous porter tranquillement jusqu'à Thèbes. Il avance si peu que je finis par le laisser à Beechey. Je loue un cheval et un âne, et je pars près de minuit avec mon domestique. Je n'ai plus envie d'attendre le vent.
Un bateau bien installé
Nous avons quitté Boulak le 20 février. Beechey avait fait aménager à bord un petit cabinet : des nattes pour couverture, de la toile sur les côtés, un rideau à l'entrée. Nous pensions au soleil, à la poussière, même à une pluie possible. Nous aurions dû songer davantage au vent du sud.
Après quatre jours, nous sommes encore assez près du Caire pour que je puisse dessiner un paysage où figurent la ville et plusieurs groupes de pyramides. La vue est belle. Notre lenteur commence à l'être moins.
Au début de mars, nous n'avons atteint que Minieh. Plus haut, chez M. Brine, près d'Hermopolis, j'apprends que les agents de Drovetti se dirigent à marches forcées vers Thèbes. Ils cherchent les mêmes antiquités que nous. Je crains qu'ils ne prennent possession des terrains où je voudrais reprendre mes fouilles.
La route de terre
Beechey garde le bateau et me suivra à son rythme. Avec mon compagnon, je gagne Manfalout, puis Siout avant l'aube. Les noms des villages deviennent des étapes où trouver une monture, quelque chose à manger, quelques heures à prendre sur le sommeil.
À Tahta, nous nous reposons quatre heures. Nous repartons au clair de lune. À Farchiout, il faut encore attendre des bêtes fraîches. Chevaux, ânes, chameaux : je monte ce qui se présente. Les religieux des couvents nous aident à obtenir des vivres et des montures ; ailleurs, nous trouvons refuge chez les chefs de village.
La terre suffit pour dormir. Une natte serait déjà un luxe. Une nuit, je m'étends sur des cannes à sucre qui viennent de passer au pressoir. Elles me donnent un repos assez frais. On m'en sert aussi après le pain et les oignons ; leur jus plaît d'abord, puis finit par me lasser. Les gens du pays semblent pouvoir en manger sans se fatiguer.
Arriver avant les autres
Nous traversons Qena sans nous y attarder, poursuivons par Qous et atteignons enfin Louxor à midi. Cinq jours et demi de route. J'ai dormi onze heures.
Je pourrais croire l'affaire gagnée. Mais un autre homme dirige déjà des fouilles sur l'emplacement que je voulais retrouver. Une recommandation qui aurait dû être envoyée ne l'a pas été ; mes concurrents ont mieux entretenu leurs relations.
Je suis arrivé vite. Pour reprendre le travail, il va maintenant falloir recommencer les visites et les démarches. Les jambes peuvent enfin se reposer ; le reste attendra.