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Flinders Petrie et la précision archéologique

Flinders Petrie — Flinders Petrie au travail, aquarelle de reconstitution
Flinders Petrie au travail, aquarelle de reconstitution

1853–1942 | Fouilles méthodiques et datation par séquences

Je suis William Matthew Flinders Petrie, né en 1853 en Angleterre. Mes premières années m'ont appris à mesurer avec soin : l'arpentage et la vérification des dimensions m'intéressaient avant même l'Égypte. Lorsque j'ai examiné les pyramides de Gizeh au début des années 1880, je voulais éprouver des affirmations souvent répétées sans contrôle. Je n'étais pas le premier à relever ces monuments, mais mes mesures ont montré ce que pouvait apporter une méthode précise. J'ai ensuite multiplié les chantiers. Mon nom est devenu associé à une archéologie attentive aux objets ordinaires et à leur contexte, même si mes propres pratiques furent loin d'être irréprochables.

Amelia Edwards a soutenu mes premiers travaux et l'Egypt Exploration Fund a financé certaines de mes campagnes. J'ai fouillé notamment à Tanis et à Naucratis dans les années 1880. Les découvertes ne se réduisaient pas à de grandes statues : tessons, outils et couches de terre pouvaient montrer les relations entre lieux et périodes. Il fallait indiquer où chaque pièce avait été trouvée. Cette exigence paraît évidente aujourd'hui, mais elle se heurtait au rythme des fouilles et à l'attrait du spectaculaire. Je travaillais avec des équipes égyptiennes, dont les compétences pratiques et la connaissance des terrains conditionnaient chaque journée de recherche.

À Hawara, dans le Fayoum, les fouilles ont mis au jour des sépultures de l'époque romaine, dont des portraits peints associés à des momies. Leur force visuelle a capté le public. Je les regardais pourtant aussi comme des ensembles archéologiques : corps, bois, pigments, objets et position dans la tombe avaient une histoire commune. Beaucoup de ces éléments ont circulé vers des musées étrangers selon les pratiques de partage du temps. Aujourd'hui, cette dispersion complique l'étude et soulève la question de la place du patrimoine égyptien hors d'Égypte. Un objet conservé ne dispense pas de reconstituer les conditions de son extraction.

En 1893, je suis devenu le premier titulaire de la chaire créée par le legs d'Amelia Edwards à University College London. J'y ai enseigné et organisé de nouvelles campagnes. Ma femme, Hilda Petrie, a participé au travail archéologique, aux publications et à l'organisation des recherches ; la réduire à une présence domestique serait inexact. Les étudiants apprenaient à regarder une poterie cassée avec autant d'attention qu'une pièce rare. Mais l'autorité de la chaire londonienne et les ressources de ses soutiens reflétaient une répartition inégale du pouvoir scientifique entre les institutions britanniques et les chercheurs d'Égypte.

À Naqada et dans d'autres cimetières de Haute-Égypte, des milliers de tombes ont livré des poteries antérieures à l'époque pharaonique. James Quibell travaillait dans la région, et des ouvriers qualifiés de Qift ont accompagné des campagnes sur de nombreux sites. Les séries de vases m'ont permis d'imaginer une chronologie relative : les formes et les décors changent, et certaines associations reviennent dans les mêmes tombes. Je rangeais des fiches par groupes de céramiques et cherchais un ordre cohérent. Cette méthode, appelée datation par séquences, a donné un moyen de comparer des ensembles qui ne portaient ni date royale ni inscription facile à lire.

La datation par séquences ne disait pas directement en quelle année un vase avait été fabriqué. Elle proposait d'abord un ordre relatif, révisable lorsque de nouveaux contextes apparaissaient. Les recherches ultérieures ont affiné les phases de Naqada et corrigé plusieurs résultats. J'ai moi-même commis une erreur grave en interprétant certains cimetières prédynastiques comme la trace d'une « nouvelle race » arrivée plus tard. Ce cadre racial et chronologique était faux. Il rappelle qu'une technique utile peut coexister avec une théorie trompeuse. Une bonne archéologie doit soumettre ses hypothèses, même séduisantes, à la contradiction des objets et des dates.

Flinders Petrie — Examen des céramiques de Naqada avec l'équipe égyptienne, aquarelle de reconstitution
Examen des céramiques de Naqada avec l'équipe égyptienne, aquarelle de reconstitution

Mes carnets et mes publications ont constitué une immense documentation. Toutefois, tous les sites ne furent pas enregistrés avec le niveau de détail que j'exigeais en principe. Pour Naqada, une partie des tombes ne dispose pas d'un dossier publié complet ; les chercheurs reconstruisent encore les associations à partir des notes et des collections dispersées. Les étiquettes anciennes peuvent être lacunaires, et le partage des objets entre institutions a fragmenté les ensembles. Dire que j'ai « inventé » une méthode ne suffit donc pas. Il faut comparer les résultats aux archives disponibles, restituer les gestes des collaborateurs et reconnaître ce que les enregistrements ont perdu.

J'ai poursuivi le terrain pendant des décennies, avant de travailler aussi hors d'Égypte. Je suis mort en 1942. Le musée qui porte mon nom à Londres réunit une grande collection, mais celle-ci ne doit pas être confondue avec une possession naturelle de l'Égypte ancienne par les Britanniques. Elle résulte de fouilles, d'achats, de dons et de règles historiques de partage. Les spécialistes égyptiens jouent aujourd'hui un rôle central dans l'étude et la protection des sites. Mon héritage le plus solide reste l'attention portée aux petits objets et aux séries, à condition de reprendre les questions de provenance et de méthode que mon époque laissait ouvertes.

Flinders Petrie — Travail et enseignement avec Hilda Petrie à Londres, aquarelle de reconstitution
Travail et enseignement avec Hilda Petrie à Londres, aquarelle de reconstitution

Ce « je » est un récit reconstitué, sans citation inventée. Les aquarelles n'enregistrent aucune scène réelle : elles évoquent un portrait, un chantier et l'enseignement. J'ai contribué à transformer les objets modestes en preuves chronologiques et à former des chercheurs par l'étude des contextes. Cette contribution appartient aussi à Hilda Petrie, à Amelia Edwards, à James Quibell et aux équipes égyptiennes dont la présence soutenait les fouilles. Les séries de poteries continuent de parler, mais elles le font mieux lorsque leurs provenances sont contrôlées et lorsque les erreurs, les silences des archives et les inégalités de l'ancienne archéologie sont explicités.

Récit reconstitué à la première personne à partir des sources citées. Les aquarelles sont des évocations contemporaines, non des documents d'époque ni des portraits photographiques.

Sources principales