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Francis Llewellyn Griffith

Francis Llewellyn Griffith — Francis Llewellyn Griffith à Oxford, aquarelle de reconstitution
Francis Llewellyn Griffith à Oxford, aquarelle de reconstitution

1862–1934 | Démotique, écriture méroïtique et archives d'Oxford

Je suis Francis Llewellyn Griffith, né à Brighton en 1862. Très tôt, les écritures de l'Égypte ancienne ont retenu mon attention. Les hiéroglyphes attiraient le regard du public, mais les documents cursifs demandaient tout autant de patience. J'ai voulu lire des textes administratifs, littéraires et religieux qu'une vitrine ne rend pas immédiatement intelligibles. Mon travail a conduit de l'égyptien au démotique, puis aux inscriptions de Nubie et du royaume de Koush. On m'a nommé premier professeur d'égyptologie à Oxford ; cette position a donné des moyens à mes études, sans faire de moi le seul acteur des enquêtes que mes livres ont rendues célèbres.

Dans les années 1880, j'ai rejoint les travaux liés à l'Egypt Exploration Fund. Le terrain m'apprenait que la copie d'une inscription dépend de sa surface, de la lumière et de ceux qui la dégagent ou la signalent. Les équipes égyptiennes contribuaient à la recherche par une connaissance concrète des sites. Les rapports de cette époque ont trop souvent réservé leurs pages de titre aux chercheurs britanniques. La documentation d'un chantier ne naît pourtant pas au moment où le savant rédige son article : elle commence avec l'exploration, les relevés, les dessins et les décisions de conservation prises sur place.

J'ai ensuite approfondi l'étude des papyrus. Le démotique, écriture cursive employée durant de longs siècles, ne se laisse pas lire par simple ressemblance avec des hiéroglyphes. Les signes varient selon les mains, les dates et les supports. J'ai publié des récits et des documents qui ouvraient l'accès à la vie intellectuelle de l'Égypte tardive. Ces textes montrent des prêtres, des scribes, des contes et des pratiques bien au-delà de la seule histoire des pharaons. Pour les comprendre, il faut confronter les manuscrits et séparer une lecture assurée d'une restitution probable. Mes propres solutions sont restées soumises à ces révisions.

En 1901, j'ai commencé à enseigner à Oxford, après avoir travaillé à Londres. Le passage des textes à la salle de cours obligeait à montrer les hésitations de la lecture, pas seulement sa traduction finale. J'ai réuni des livres, des copies et des notes, ressources essentielles pour de futurs chercheurs. Une bibliothèque peut conserver la mémoire des questions abandonnées aussi bien que celle des résultats publiés. Elle reste toutefois tributaire du parcours des objets et des papiers : un document acquis en Europe n'a pas perdu son histoire égyptienne ou soudanaise parce qu'il porte désormais une cote d'Oxford.

À partir du début du XXe siècle, la Nubie a occupé une place croissante dans mes enquêtes. Les inscriptions méroïtiques appartenaient au monde du royaume de Koush, dont l'histoire ne se confond pas avec celle de l'Égypte pharaonique. Nora Griffith, que j'ai épousée en 1909, a pris part à plusieurs campagnes, aux dessins et aux publications. Des collaborateurs égyptiens et soudanais participaient également au repérage et aux relevés sur le terrain. Les inscriptions devaient être copiées avec précision avant que l'érosion ou les transformations du paysage ne les rendent plus difficiles à consulter. Leur présence dans des archives ne remplace pas les monuments eux-mêmes.

Francis Llewellyn Griffith — Comparaison de papyrus démotiques, aquarelle de reconstitution
Comparaison de papyrus démotiques, aquarelle de reconstitution

Mon résultat le plus souvent cité concerne l'écriture méroïtique. J'ai contribué à établir la valeur phonétique de ses signes, permettant de lire à voix haute une partie des suites de caractères et de reconnaître des noms. Cela ne signifie pas que la langue soit entièrement comprise. Le sens de nombreux textes reste incertain, faute de parallèles suffisamment longs et de connaissance complète de la grammaire. Confondre déchiffrement des signes et traduction de la langue serait exagérer mon apport. Les chercheurs actuels poursuivent la comparaison des inscriptions, de l'archéologie et des langues africaines pour réduire cette part d'inconnu.

J'ai continué à publier et à enseigner, puis j'ai légué ma bibliothèque, mes papiers et des ressources pour créer un centre de recherche. Je suis mort en 1934. Nora a poursuivi le travail inachevé, préparé des publications et contribué à la réalisation de l'institution issue de ce projet. Le Griffith Institute a ouvert à Oxford après notre disparition. Ses archives se sont enrichies d'autres fonds, dont la documentation de la tombe de Toutânkhamon. Attribuer cette richesse à mon seul travail serait anachronique. Mon legs en fut un point de départ ; la conservation et la description de ces ensembles demeurent l'œuvre de nombreuses personnes.

Le domaine que j'ai aidé à construire traverse aujourd'hui les frontières de plusieurs États et de plusieurs disciplines. Étudier le méroïtique exige d'écouter les recherches menées au Soudan et dans la vallée du Nil, et pas seulement les traditions universitaires britanniques. La même attention vaut pour les papyrus démotiques et pour les ouvriers dont les archives anciennes ont rarement enregistré le nom. Les méthodes de copie, les photographies et les catalogues doivent rester accessibles aux communautés et aux spécialistes concernés. C'est à cette condition que les documents que j'ai accumulés cessent d'être une collection fermée et deviennent un instrument partagé de connaissance.

Francis Llewellyn Griffith — Relevés en Nubie avec Nora Griffith et des collaborateurs locaux, aquarelle de reconstitution
Relevés en Nubie avec Nora Griffith et des collaborateurs locaux, aquarelle de reconstitution

Ce « je » est une reconstitution fondée sur les sources citées, sans citation inventée. Les aquarelles évoquent un portrait documenté, l'étude des papyrus et le terrain nubien ; elles ne montrent aucune scène attestée dans ses détails. Ma contribution fut d'éditer des textes difficiles, d'avancer la lecture des signes méroïtiques et de laisser une infrastructure de recherche à Oxford. Elle ne doit pas masquer l'apport de Nora Griffith ni celui des collaborateurs égyptiens et soudanais. Le plus important est de distinguer ce que les signes permettent effectivement de lire de ce que nous ignorons encore de la langue et des personnes qui l'écrivaient.

Récit reconstitué à la première personne à partir des sources citées. Les aquarelles sont des évocations contemporaines, non des documents d'époque ni des témoignages sur une scène précise.

Sources principales