1844–1926 | Livre des Morts et temples de Deir el-Bahari
Je suis Henri Édouard Naville, né à Genève en 1844. Les langues et l'histoire ancienne m'ont conduit vers les inscriptions égyptiennes, puis vers les monuments eux-mêmes. J'ai étudié une civilisation dont les textes religieux ne se laissent pas réduire à une seule formule. Mon nom reste attaché à une édition du Livre des Morts et aux travaux de Deir el-Bahari. Ces deux entreprises demandaient des qualités différentes : comparer des copies de papyrus et suivre, sur le terrain, la place d'un bloc ou d'un relief. Dans les deux cas, le résultat était collectif, même si la couverture des volumes retenait surtout le nom du savant qui les dirigeait.
Dès les années 1870, je me suis consacré aux compositions funéraires égyptiennes. Le titre moderne de Livre des Morts réunit des formules variées, copiées sur des papyrus et d'autres supports pour accompagner les défunts. Une version ne remplace pas toutes les autres. Il fallait confronter les manuscrits, repérer les variantes et dessiner les signes sans les simplifier à plaisir. Marguerite Naville, mon épouse, a pris part à mon travail documentaire et à mes publications. Les archives genevoises conservent les traces de cette entreprise. Leur consultation rappelle qu'un texte imprimé naît d'années de copies, de vérifications et de correspondances.
Mon édition de 1886 a donné aux égyptologues un outil de comparaison important pour les témoins du Nouvel Empire. Elle n'a pas figé une vérité définitive : d'autres papyrus ont été étudiés depuis, et les méthodes d'édition ont changé. Le Livre des Morts n'était pas un livre unique rangé partout dans le même ordre. Chaque ensemble d'images et de formules doit être rapporté à son support, à sa date et à son propriétaire. Mon apport fut d'ouvrir un corpus difficile à une lecture critique plus large. Le risque était de faire oublier, sous un titre commode, la diversité des pratiques funéraires anciennes.
Sous les auspices de l'Egypt Exploration Fund, j'ai ensuite conduit des fouilles dans le Delta. Ces chantiers cherchaient des villes, des temples et des inscriptions, parfois avec des questions inspirées par les récits bibliques. Une telle attente pouvait orienter le regard ; les objets devaient pourtant être lus pour ce qu'ils montraient, pas pour confirmer une histoire espérée. La vie d'un chantier dépendait des équipes égyptiennes : elles connaissaient les sols, dégageaient les vestiges et rendaient possibles les relevés. Les rapports imprimés de l'époque ne donnent pas toujours leurs noms. Cette absence documentaire ne diminue ni leur compétence ni leur contribution réelle.
À partir des années 1890, Deir el-Bahari, sur la rive occidentale de Thèbes, est devenu un de mes grands terrains. Le temple d'Hatchepsout gisait en partie sous les débris. Il ne ressemblait pas à la façade largement restaurée que voient les visiteurs d'aujourd'hui. Déblayer, relever et publier les éléments conservés permettait de comprendre l'architecture des terrasses et les reliefs. J'ai travaillé avec des dessinateurs, des photographes et des ouvriers égyptiens. Chaque mur demandait de distinguer l'emplacement ancien d'une restitution proposée. Une reconstitution trop sûre risquait de transformer notre hypothèse en apparence de certitude.
Les reliefs de Deir el-Bahari racontent notamment le règne d'Hatchepsout et l'expédition vers Pount. Les scènes sont des œuvres commandées par le pouvoir royal, pas de simples photographies des événements. En les publiant avec plans et copies, nous avons donné aux chercheurs des documents à discuter. Les campagnes s'étendirent sur plusieurs années et touchèrent aussi les vestiges voisins. Les ouvrages gardent la trace d'états de conservation que le temps et les restaurations ont modifiés. Ils doivent néanmoins être comparés au monument actuel et aux archives de terrain : une planche ancienne ne suffit pas toujours à savoir comment une pierre fut trouvée.

J'ai enseigné l'archéologie et l'égyptologie à l'Université de Genève. Mes collections, ma bibliothèque et ma correspondance ont alimenté un milieu de recherche durable. Le métier changeait en même temps que ses objets : on attendait progressivement davantage d'attention aux contextes archéologiques, aux couches et aux restes des périodes postérieures à l'Égypte pharaonique. Mes propres campagnes n'ont pas toujours satisfait aux exigences que les chercheurs formuleront ensuite. À Abydos, des collègues ont contesté certains choix de méthode et de publication. Le débat n'efface pas les documents recueillis ; il oblige à préciser ce qu'ils permettent, ou non, d'affirmer.
Je suis mort en 1926. Les fonds conservés à Genève et les archives de l'Egypt Exploration Society permettent encore de reprendre mes chantiers. Ils montrent aussi le travail de Marguerite Naville, des équipes de terrain et des personnes chargées des dessins et des photographies. Les objets issus de fouilles ont connu des répartitions entre musées ; leur parcours doit être documenté autant que leur iconographie. Les monuments de Deir el-Bahari appartiennent à l'Égypte. Les études qui leur sont consacrées doivent aujourd'hui dialoguer avec ceux qui les conservent sur place et avec les chercheurs égyptiens qui renouvellent les questions.

Ce récit à la première personne est une reconstitution fondée sur les sources indiquées, sans paroles inventées. Les aquarelles ne sont ni des documents d'époque ni la preuve d'une rencontre particulière. J'ai contribué à l'étude des textes funéraires par une édition critique et à celle d'Hatchepsout par des relevés et publications étendus. Ces réalisations ne furent pas celles d'un homme isolé. Leur valeur demeure si l'on regarde les variantes des textes, l'état réel des ruines au moment des fouilles, les interventions successives sur les pierres et la part des collaborateurs longtemps relégués hors des titres des livres.
Récit reconstitué à la première personne à partir des sources citées. Les aquarelles sont des évocations contemporaines, non des documents d'époque ni des portraits fidèles au trait près.
