
Ni pierre broyée ni teinture : le bleu égyptien naît dans un four, à partir de sable, de calcaire et de cuivre. C’est l’un des plus anciens pigments fabriqués par l’homme.
Remplacer le lapis-lazuli
Le bleu intense du lapis-lazuli fascinait les Égyptiens, mais la pierre venait de très loin, des montagnes de l’actuel Afghanistan. Pour disposer d’un bleu abondant, les artisans ont mis au point une matière artificielle, que les textes appellent « lapis-lazuli fabriqué ». Elle est attestée dès le début de l’époque pharaonique et se généralise à l’Ancien Empire.
Une recette de four
Le bleu égyptien est un silicate de calcium et de cuivre, de formule CaCuSi₄O₁₀, identique au minéral nommé cuprorivaïte. On l’obtient en chauffant ensemble du sable siliceux, du calcaire, une source de cuivre (minerai ou déchets de bronze) et un fondant, natron ou cendres végétales. La température doit rester comprise entre 850 et 1 000 °C environ pendant de longues heures. Trop chaud, le mélange fond en verre ; trop froid, il ne réagit pas.
Le produit sort du four en pains bleus que l’on broie plus ou moins finement. Les gros grains donnent un bleu profond, les grains fins un bleu plus pâle.
Où le voit-on ?
Le bleu égyptien sert aux hiéroglyphes, aux plafonds étoilés, aux perruques divines, aux vêtements et aux bandes décoratives. Il colore la peau d’Amon, dont le corps est dit de lapis-lazuli. La palette normative de Visite Égypte le traduit par la valeur #2E5DA1.
Une technique transmise puis oubliée
Le pigment se diffuse dans tout le bassin méditerranéen. Au Ier siècle avant notre ère, l’architecte romain Vitruve en décrit encore la fabrication. Son usage se raréfie ensuite et la recette est perdue. Il faut attendre les chimistes des XIXe et XXe siècles pour en retrouver la composition, puis la synthèse.
Une propriété invisible
Éclairé par une lumière visible, le bleu égyptien émet un rayonnement infrarouge intense. Cette luminescence, invisible à l’œil, permet aujourd’hui de repérer des traces infimes du pigment sur les parois et les objets. Une matière inventée il y a près de cinq mille ans devient ainsi un outil de recherche, et même un sujet d’étude pour l’industrie.
Pour prolonger : Comment on a retrouvé le bleu égyptien · Voir l’invisible · Le bleu égyptien, matériau d’avenir · Amon
Sources principales
- Daniel Le Fur, « Les pigments dans la peinture égyptienne », dans Pigments et colorants de l’Antiquité et du Moyen Âge, CNRS Éditions
- « Painting conditioned by chemistry: the case of Egyptian and ultramarine blue pigments », ChemTexts, Springer, 2025
- S. Pagès-Camagna et S. Colinart, « The Egyptian green pigment: its manufacturing process and links to Egyptian blue », Archaeometry 45, 2003, p. 637–658 (C2RMF/CNRS)
- British Museum, « Paint and the Parthenon: conservation of ancient Greek sculpture », 2018 : détection du bleu égyptien par luminescence infrarouge