
Suie, charbon, gypse, calcite, huntite : les couleurs les plus simples structurent toute la peinture égyptienne, du fond blanc au dernier contour noir.
Le noir de carbone
Le noir le plus courant est un noir de carbone : suie récupérée au-dessus des lampes et des foyers, ou charbon de bois broyé. Lié à une gomme, il forme aussi l’encre des scribes. Ce pigment est extrêmement stable. Il ne pâlit pas et résiste à la lumière, ce qui explique la netteté des contours et des textes encore visibles. Des oxydes de manganèse, plus rares, fournissent d’autres noirs et bruns.
Le blanc, fond et lumière
Les blancs proviennent de la calcite, un carbonate de calcium, ou du gypse, un sulfate de calcium. Ils servent de fond, de vêtement de lin, de blanc des yeux. On emploie aussi, notamment au Nouvel Empire, la huntite, un carbonate de calcium et de magnésium d’un blanc particulièrement éclatant.
Une structure pour toute la paroi
Le blanc ouvre la peinture : il couvre l’enduit et sert de support aux couleurs. Le noir la ferme : il trace les contours définitifs, les perruques, les pupilles, les hiéroglyphes. Entre ces deux limites se place toute la palette. Les frises décoratives qui encadrent les scènes alternent d’ailleurs des rectangles colorés séparés par des zones blanches et des traits noirs.
Observer au-delà du visible
Un trait noir peut rester perceptible dans certaines images infrarouges alors que son contraste est faible en lumière ordinaire. Le résultat dépend cependant des couches qui le recouvrent et de leur transparence. On compare plusieurs éclairages et plusieurs mesures avant de conclure à la présence d’un dessin sous-jacent.
Le sens du noir et du blanc
Le noir, kem, est d’abord la couleur du limon fertile : l’Égypte se nomme Kemet, la « terre noire ». Il évoque la régénération, d’où la peau noire d’Anubis ou d’Osiris. Le blanc, hedj, renvoie à la pureté, à la lumière et à l’argent. Ni l’un ni l’autre n’est une simple absence de couleur.
Pour prolonger : Voir l’invisible · Anubis · Pinceaux, calames et palettes · Kem, desher, ouadj
Sources principales
- Daniel Le Fur, « Les pigments dans la peinture égyptienne », dans Pigments et colorants de l’Antiquité et du Moyen Âge, CNRS Éditions
- Anna Serotta, Julie Marie Seibert et Isabel Stünkel, « Paint Like An Egyptian! », Metropolitan Museum of Art, 2020
- Joanne Dyer, « New imaging techniques for the study of ancient polychromy », British Museum Scientific Research Newsletter 3, 2017