
Des hiéroglyphes effacés réapparaissent, un bleu invisible s’allume dans l’infrarouge : la lumière hors du spectre visible révèle des gestes de peintres que l’œil ne perçoit plus.
Au-delà des trois couleurs de l’appareil photo
Un appareil photographique enregistre l’image en trois bandes : rouge, vert et bleu. L’imagerie hyperspectrale en mesure un très grand nombre, de 400 à 1 000 nanomètres, c’est-à-dire du violet au proche infrarouge. Chaque pigment possède une manière propre de renvoyer la lumière. En comparant ces signatures, les chercheurs cartographient les matières présentes sur une paroi.
Retrouver un dessin sous la couleur
Certains matériaux absorbent l’infrarouge, tandis que d’autres couches le laissent traverser. Cette différence peut améliorer la lecture d’un contour ou d’un dessin recouvert. Elle ne rend pas automatiquement toute inscription effacée lisible : la nature des pigments et l’état de la paroi restent déterminants.
Le bleu égyptien s’allume
Le bleu égyptien possède une propriété rare : éclairé par une lumière visible, il émet un rayonnement dans le proche infrarouge. Il suffit d’éclairer la paroi avec des lampes à diodes, qui n’émettent pas d’infrarouge, et de photographier avec un appareil modifié. Les grains de bleu apparaissent alors en blanc lumineux, même lorsque la couleur a disparu à l’œil nu.
L’ultraviolet
Sous une lampe ultraviolette, certains matériaux émettent une fluorescence visible. Les liants, les vernis anciens et les restaurations modernes réagissent différemment. Le signal aide à localiser ces matériaux ; il doit être interprété avec d’autres observations, car une fluorescence n’identifie pas toujours un composé de manière univoque.
Une archéologie du geste
Ces techniques ne remplacent pas le regard de l’égyptologue. Elles l’étendent. Elles permettent de retrouver un texte, une esquisse ou une touche de couleur, et de comprendre comment le peintre a travaillé, sans prélever le moindre fragment.
Pour prolonger : Le bleu égyptien · Le noir et le blanc · Un laboratoire dans les bagages · Maât et la pesée du cœur
Sources principales
- Joanne Dyer, « New imaging techniques for the study of ancient polychromy », British Museum Scientific Research Newsletter 3, 2017
- British Museum, « Paint and the Parthenon: conservation of ancient Greek sculpture », 2018 : détection du bleu égyptien par luminescence infrarouge
- Philippe Martinez et al., « Hidden mysteries in ancient Egyptian paintings from the Theban Necropolis observed by in-situ XRF mapping », PLOS ONE 18, 2023, e0287647 (LAMS/CNRS et partenaires)