
Rouges, jaunes et bruns viennent de terres riches en fer. Abondantes, stables et faciles à préparer, les ocres colorent les carnations, les fonds et une partie des écritures.
Des terres colorées par le fer
Les ocres sont des argiles ou des roches contenant des oxydes de fer. L’hématite donne les rouges, la goethite les jaunes. Leurs gisements sont nombreux en Égypte, notamment dans le désert et les oasis. On les lave, on les broie, puis on les mélange au liant.
Du jaune au rouge par le feu
Chauffée, l’ocre jaune perd son eau et devient rouge : la goethite se transforme en hématite. Les artisans pouvaient ainsi obtenir toute une gamme de rouges et de bruns à partir d’une même terre. Le mélange des ocres entre elles, avec du blanc ou du noir, élargit encore la palette, du jaune clair au brun foncé.
Les carnations
Par convention, les hommes sont peints en rouge brun, les femmes en jaune ou en rose pâle. Il ne s’agit pas d’une description de la peau réelle, mais d’un code qui distingue les sexes et qui renvoie, pour les hommes, à la vie au soleil et à l’activité extérieure. L’identification des mélanges demande des analyses : deux carnations d’apparence voisine peuvent contenir des proportions différentes de matières colorantes.
Le rouge de l’écriture
Sur les papyrus, l’encre rouge est une ocre. Elle marque les titres, les débuts de chapitre et parfois les noms dangereux qu’il convient de neutraliser. Le rouge, desher, est la couleur du désert, de la vitalité, mais aussi de la violence et de Seth.
Une stabilité précieuse
Les ocres sont parmi les pigments les plus durables. Là où le bleu et le vert ont pâli ou se sont altérés, les rouges et les jaunes d’ocre restent souvent vifs. Cette inégalité de conservation fausse parfois notre perception : une paroi qui nous paraît rouge et jaune était, à l’origine, plus équilibrée en bleus et en verts. La palette normative de Visite Égypte retient #9B3A24 pour l’hématite et #D8A302 pour l’ocre jaune.
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Sources principales
- Daniel Le Fur, « Les pigments dans la peinture égyptienne », dans Pigments et colorants de l’Antiquité et du Moyen Âge, CNRS Éditions
- Anna Serotta, Julie Marie Seibert et Isabel Stünkel, « Paint Like An Egyptian! », Metropolitan Museum of Art, 2020
- British Museum, peinture de la chapelle de Nebamun, EA37977 : notice et bibliographie des analyses et de la conservation