
Le pigment des peintres de Thèbes intéresse aujourd’hui les physiciens. Sa luminescence infrarouge ouvre des pistes pour l’imagerie, l’optique et le refroidissement des bâtiments.
Une propriété rare
Éclairé par une lumière visible, le bleu égyptien réémet une partie de l’énergie reçue sous forme de rayonnement infrarouge. Cette luminescence est intense et durable pour une substance minérale. Les archéomètres l’utilisent pour repérer le pigment ; les physiciens s’intéressent à ce qu’elle permet de faire hors des musées.
Refroidir les toits
En 2018, des chercheurs du Lawrence Berkeley National Laboratory ont publié dans le Journal of Applied Physics une étude sur l’emploi du bleu égyptien dans des peintures de façade. Parce qu’il transforme une partie de la lumière en infrarouge plutôt qu’en chaleur, il pourrait aider à maintenir des surfaces exposées au soleil plus fraîches, et réduire ainsi la consommation des climatiseurs.
Optique et télécommunications
La même propriété a suggéré des usages en optique : amplification de signaux, sources lumineuses dans le proche infrarouge. Des chimistes ont aussi montré que le bleu égyptien peut être séparé en feuillets extrêmement fins, ce qui ouvre la voie à des encres et à des matériaux nouveaux. Ces travaux restent pour l’essentiel au stade de la recherche.
S’inspirer d’un matériau ancien
Une matière mise au point pour la peinture peut donc inspirer d’autres usages. Les recherches modernes ne permettent pas de prêter ces objectifs aux artisans antiques. Elles invitent plutôt à étudier séparément leur savoir-faire de fabrication et les applications aujourd’hui envisagées.
De Thot à la science des matériaux
Le parcours du bleu égyptien résume l’ambition de Visite Égypte : relier les savoirs anciens et les questions d’aujourd’hui. Une couleur inventée pour imiter le lapis-lazuli devient un objet d’étude pour la physique du XXIe siècle.
Pour prolonger : Le bleu égyptien, premier pigment de synthèse · Voir l’invisible · Comment on a retrouvé le bleu égyptien
Sources principales
- Lawrence Berkeley National Laboratory, Journal of Applied Physics, 2018 : le bleu égyptien et le refroidissement des surfaces
- « Painting conditioned by chemistry: the case of Egyptian and ultramarine blue pigments », ChemTexts, Springer, 2025
- Lawrence Berkeley National Laboratory, « Ancient Pigment Can Boost Energy Efficiency », 2018