
Pour les Égyptiens, la couleur dit la nature profonde d’un être. Quelques mots suffisent à nommer la palette, et chacun porte un ensemble de sens.
Iouen, la couleur et l’être
Le mot iouen désigne la couleur, mais aussi l’apparence, la peau et le caractère d’un être. Dire la couleur d’une chose revient à dire ce qu’elle est. Cette proximité explique le soin apporté au choix des couleurs : une figure mal colorée serait une figure fausse.
Une palette de mots
L’égyptien nomme peu de couleurs de base, mais chacune possède un vaste champ de sens.
- Kem : le noir, celui du limon déposé par la crue ; l’Égypte est Kemet, la « terre noire ».
- Desher : le rouge, celui du désert, Deshret, la « terre rouge » ; il dit la vie, le feu, mais aussi le danger.
- Ouadj : le vert, la fraîcheur des plantes et ce qui prospère.
- Khesbedj : le bleu du lapis-lazuli, pierre du ciel et des cheveux divins.
- Hedj : le blanc, la lumière, la pureté, et aussi l’argent.
Le jaune est souvent rapproché de l’or, noub, dont les textes disent qu’il forme la chair des dieux.
Des couleurs qui se répondent
Les couleurs vont par paires de sens. La terre noire et la terre rouge opposent le pays cultivé et le désert. Le vert et le noir disent tous deux la renaissance, ce qui explique qu’Osiris puisse être peint de l’une ou de l’autre couleur. Le rouge, couleur de la vitalité, peut aussi marquer Seth et le désordre : sur les papyrus, le nom d’un ennemi est parfois écrit en rouge pour le neutraliser.
Une grammaire, non un dictionnaire
Ces valeurs ne fonctionnent pas comme un code fixe où chaque couleur aurait un seul sens. Le contexte décide. Un rouge peut être faste sur une carnation masculine et néfaste sur le nom d’Apophis. Lire les couleurs d’une paroi demande donc de considérer la figure, le texte qui l’accompagne et la place de la scène dans l’ensemble du décor.
Pour prolonger : Couleurs des dieux, couleurs des hommes · Osiris · Le noir et le blanc · Thot et l’origine du signe
Sources principales
- Daniel Le Fur, « Les pigments dans la peinture égyptienne », dans Pigments et colorants de l’Antiquité et du Moyen Âge, CNRS Éditions
- Richard H. Wilkinson, Symbol and Magic in Egyptian Art, Thames & Hudson, 1994
- Wolfgang Schenkel, « Color terms in ancient Egyptian and Coptic », dans R. E. MacLaury et al. (dir.), Anthropology of Color, John Benjamins, 2007