
Hommes rouges, femmes jaunes, Amon bleu, Osiris vert : la peinture égyptienne colore les corps selon des conventions qui disent le rang et la nature des êtres.
La carnation, un code social
Dans la plupart des peintures, les hommes ont la peau rouge brun et les femmes la peau jaune ou rose pâle. Cette convention apparaît dès l’Ancien Empire, comme sur les statues de Rahotep et Néfret trouvées à Meïdoum. Elle n’est pas absolue : certaines scènes peignent des femmes en rouge, et la période amarnienne nuance les teintes. Mais elle reste la règle générale du Nouvel Empire.
La chair d’or des dieux
Les textes religieux décrivent les dieux comme des êtres faits de matières précieuses : chair d’or, os d’argent, cheveux de lapis-lazuli. Les peintres traduisent ces matières en couleurs. Les perruques divines sont souvent bleues, les corps parfois dorés. La couleur signale qu’il ne s’agit pas d’un humain.
Quelques dieux et leurs couleurs
- Amon a souvent la peau bleue, celle du lapis-lazuli et du ciel.
- Osiris est vert ou noir, couleurs de la végétation et du limon qui renaissent.
- Ptah a fréquemment la peau verte.
- Anubis a la tête noire, couleur de la régénération plus que du deuil.
- Les déesses portent souvent la carnation jaune des femmes, rehaussée de bijoux et de robes colorées.
Ce que montrent les relevés anciens
Champollion a fait reproduire, dans ses Monuments de l’Égypte et de la Nubie, des « figures de divinités avec les couleurs consacrées », notamment d’après le grand temple d’Isis à Philae. Ces planches rappellent qu’au début du XIXe siècle, de nombreuses couleurs étaient encore visibles là où elles ont depuis pâli.
Représenter les couleurs aujourd’hui
Les illustrations de Visite Égypte utilisent ces conventions pour rendre les figures lisibles. Leurs teintes sont des choix graphiques : elles ne constituent pas une mesure de la couleur antique. Le pigment, l’éclairage, le vieillissement et le support modifient l’apparence d’une même matière.
Pour prolonger : Amon · Osiris · Ptah · Anubis · Meïdoum · Kem, desher, ouadj
Sources principales
- Daniel Le Fur, « Les pigments dans la peinture égyptienne », dans Pigments et colorants de l’Antiquité et du Moyen Âge, CNRS Éditions
- J.-F. Champollion, Monuments de l’Égypte et de la Nubie, pl. LXXVIII, LXXXI et XCI ter
- Richard H. Wilkinson, Symbol and Magic in Egyptian Art, Thames & Hudson, 1994
- Metropolitan Museum of Art, The Art of Ancient Egypt: A Resource for Educators, 1998