
Pour obtenir l’éclat de l’or, les peintres ont employé des sulfures d’arsenic. Ces jaunes et ces orangés lumineux sont aussi toxiques et fragiles.
Deux minéraux d’arsenic
L’orpiment est un sulfure d’arsenic d’un jaune vif et brillant ; le réalgar, de composition voisine, tire vers l’orangé et le rouge. Ces minéraux sont rares en Égypte même. Leur origine précise reste discutée et une importation est probable. Leur usage en peinture se développe surtout au Nouvel Empire.
La couleur de l’or
Les Égyptiens disaient que la chair des dieux était d’or. Pour suggérer ce métal sur une paroi, les peintres recherchaient un jaune plus lumineux que l’ocre. L’orpiment, seul ou associé à l’ocre jaune, répond à ce besoin. On le trouve sur des disques solaires, des parures et des objets divins. La palette normative de Visite Égypte lui attribue la valeur #FFD75E, et #E45524 au réalgar.
Des pigments fragiles
Les sulfures d’arsenic supportent mal la lumière et l’humidité. Avec le temps, certains se décomposent en oxydes blanchâtres ou se transforment en d’autres sulfures plus pâles. Une zone aujourd’hui terne ou poudreuse peut avoir été d’un jaune éclatant. Le réalgar peut lui aussi se dégrader en un composé jaune, ce qui complique l’interprétation des couleurs anciennes.
Un danger pour les artisans
L’arsenic est un poison. Broyer de l’orpiment exposait le peintre à des poussières toxiques. Les sources anciennes ne décrivent pas de précautions particulières en Égypte, mais les historiens de la peinture rappellent que ces pigments ont été utilisés jusqu’à l’époque moderne malgré leur toxicité.
L’arsenic comme indice
Les cartographies chimiques permettent de situer l’arsenic sur une peinture, mais sa présence demande une interprétation. Dans les cas étudiés à Menna et Nakhtamon, elle est notamment associée à des zones jaunes et rouges. Déterminer le pigment et ses mélanges exige de croiser la mesure avec l’observation du décor.
Pour prolonger : Les ocres · L’arsenic qui trahit l’atelier · Rê
Sources principales
- Daniel Le Fur, « Les pigments dans la peinture égyptienne », dans Pigments et colorants de l’Antiquité et du Moyen Âge, CNRS Éditions
- Anna Serotta, Julie Marie Seibert et Isabel Stünkel, « Paint Like An Egyptian! », Metropolitan Museum of Art, 2020
- Philippe Martinez et al., « Hidden mysteries in ancient Egyptian paintings from the Theban Necropolis observed by in-situ XRF mapping », PLOS ONE 18, 2023, e0287647 (LAMS/CNRS et partenaires)