Tabbet el-Guech, les maisons d’éternité des prêtres : Approfondir

Reconstitution du chantier archéologique de Tabbet el-Guech sur le plateau de Saqqara.
Reconstitution éditoriale générée par IA pour Visite Égypte. Évocation interprétative ; elle ne documente pas l’état exact du monument ni les inscriptions anciennes.

Identification et localisation

Tabbet el-Guech occupe environ un kilomètre carré à l’extrémité nord de Saqqara-sud, à quelque 800 mètres au sud de la pyramide à degrés de Djéser. Le Ouadi Gamal divise naturellement le terrain en secteurs est et ouest, eux-mêmes répartis en quatre entités : Tb NE, Tb SE, Tb SW et le plateau Tb NW. La fouille conduite par Vassil Dobrev s’est concentrée sur ce dernier secteur. Au nord se trouvent le complexe de Sekhemkhet et l’ancien monastère de Saint-Jérémie ; au sud, le complexe de Pépy Ier et sa nécropole de particuliers.

Un paysage funéraire stratifié

Le site n’appartient pas à une seule période. Les structures de la fin de l’Ancien Empire y côtoient des mastabas-maisons de la Première Période intermédiaire et des maisons d’éternité de la Basse Époque. Cette superposition oblige à raisonner par stratigraphie, architecture, céramique et épigraphie. Une paroi apparue sous le sable ne peut être datée par son seul aspect. Les réutilisations anciennes compliquent encore la lecture : un puits peut avoir été rouvert, une chambre vidée, un espace funéraire adapté à de nouvelles inhumations.

L’architecture des « maisons d’éternité »

Les maisons d’éternité de l’élite associent le plus souvent une partie visible — superstructure ou chapelle où les vivants accomplissaient les rites — et une partie souterraine accessible par un puits. La brique crue domine dans les élévations, tandis que le calcaire pouvait recevoir les scènes peintes ou les inscriptions. À Tabbet el-Guech, l’intérêt scientifique tient autant aux plans qu’aux décors : l’implantation relative des maisons d’éternité peut révéler des groupes familiaux, des phases de construction et l’attraction exercée par un centre cultuel aujourd’hui disparu.

Pépior : une fouille rendue visible

Dans l’extrait diffusé par la chaîne Des Racines et des Ailes – France Télévisions, Vassil Dobrev présente la façade de la maison d’éternité de Pépior, ses fonctions liées au grand palais, son titre de prêtre-lecteur et plusieurs personnages de son entourage. Le film montre aussi les préparatifs du dégagement du puits et la protection de la chapelle. Les fiches consacrées à Pépior reprennent désormais ces lectures en les attribuant à l’archéologue ; la nature exacte de sa relation avec Henib et l’étude complète de la chambre restent distinguées des faits montrés. Voir l’extrait à partir de la présentation de Pépior.

Sâbi et Ânkhti : deux ensembles publiés

En 2015, deux structures en brique crue ont livré les chambres de Sâbi et Ânkhti, prêtres-lecteurs du règne de Pépy II. Les parois de calcaire peint, les scènes d’offrandes, la vaisselle en céramique et en albâtre, ainsi que la tablette des sept huiles trouvée auprès de l’un des défunts offrent un dossier beaucoup mieux documenté. Ces maisons d’éternité montrent que la nécropole conserve parfois non seulement un nom et une fonction, mais aussi une partie du programme rituel destiné à assurer la survie du défunt.

Ouserkarê : une question, pas une découverte

Ouserkarê apparaît entre Téti et Pépy Ier dans la Liste royale d’Abydos et dans les annales de la VIe dynastie. Son complexe funéraire reste inconnu. La concentration de maisons d’éternité de prêtres et la position de Tabbet el-Guech ont conduit Dobrev à y rechercher le centre d’une nécropole royale disparue. Les prospections géophysiques menées en 2013 n’ont toutefois pas mis en évidence de fondations de pyramide de manière probante. Une campagne plus fine en 2015 a repéré plusieurs anomalies rectangulaires vraisemblablement anthropiques, de dimensions comparables à des maisons d’éternité voisines. Ces résultats guident la fouille ; ils ne démontrent pas l’existence d’une pyramide.

Fouiller, conserver, publier

À Saqqara, la découverte est immédiatement suivie d’un travail de conservation. La brique crue s’érode, les enduits peints réagissent aux changements d’humidité et les volumes souterrains peuvent devenir instables. Le chantier associe donc archéologues, restaurateurs, topographes, céramologues, géologues et spécialistes de l’épigraphie. La publication des maisons d’éternité de Sâbi et Ânkhti illustre l’étape indispensable qui transforme une découverte de terrain en connaissance vérifiable. Tabbet el-Guech reste ainsi un dossier ouvert : riche d’indices, mais encore très loin d’être entièrement fouillé. L’IFAO classe désormais cette opération comme achevée. Les publications conservent les résultats du chantier et les questions qu’il a ouvertes.

Sources et références