
En quelques mots
Mérenrê Ier, dont le nom de naissance était Nemtyemsaf, régna à la VIe dynastie, entre Pépy Ier et Pépy II. Sa pyramide s’élève à Saqqarah-Sud, dans le groupe des tombes royales de la fin de l’Ancien Empire. Vue de l’extérieur, elle n’est plus qu’un monument dévasté ; son intérêt est ailleurs, sous la masse de pierre, dans des appartements funéraires dont les parois étaient couvertes des Textes des pyramides. On ne connaît aujourd’hui que onze pyramides inscrites de ces formules, toutes à Saqqarah : celle de Mérenrê est l’une des plus riches.
Ce que l’on découvre
Au sol, le monument dévasté n’offre plus qu’un relief de décombres, fort éloigné de l’image d’une pyramide lisse aux arêtes nettes. Ce qui compte se trouve en dessous. Un couloir, un vestibule et des passages menaient à l’antichambre et à la chambre funéraire. C’est dans ces espaces souterrains que les formules avaient été gravées, pour assurer au roi sa survie après la mort.
L’état du monument a fait de sa fouille un travail de patience. À l’intérieur, de nombreuses pierres des parois avaient été brisées ou déplacées. Les archéologues ont dû consolider les structures au fur et à mesure des dégagements, afin d’éviter les effondrements.
Ce qu’il faut regarder
Le détail qui distingue ce lieu tient à la quantité de texte qu’il a rendue malgré sa ruine. Plus de deux mille fragments inscrits ont été recueillis dans les décombres, puis tous dessinés et étudiés. Leur assemblage a permis d’identifier environ 627 formules, soit davantage que dans la pyramide voisine de Pépy Ier, où l’on en compte environ 569. Surtout, 51 formules ne figuraient dans aucune autre pyramide connue : elles ont reçu les numéros 1101 à 1151 dans la numérotation des Textes des pyramides. Chaque paroi inscrite a été restituée en fac-similé au cinquième de sa taille réelle, en 34 planches. Une formule du corpus (TP 422) en résume l’esprit : « Ton nom vivra sur terre, ton nom grandira sur terre, tu ne périras jamais, tu ne disparaîtras jamais, pour toute éternité ».
Il faut donc regarder ce monument autant par ses fragments que par ses murs : une paroi publiée associe souvent des pierres restées en place et des morceaux recueillis au sol, dont la position a été retrouvée par l’étude des raccords.
Son histoire
La pyramide fut ouverte à la fin de 1880, à la demande d’Auguste Mariette. Heinrich Brugsch y pénétra au début de janvier 1881 et en rédigea un premier rapport, tandis que Gaston Maspero relevait les inscriptions et faisait réaliser des estampages. Mérenrê figure ainsi parmi les premiers rois dont on lut les Textes des pyramides, avec Ounas, Téti, Pépy Ier et Pépy II. Près d’un siècle plus tard, à la fin de la campagne 1970–1971, Jean Leclant et Jean-Philippe Lauer rouvrirent le monument ; les travaux se poursuivirent jusqu’en 1974, puis de 1976 à 1980. L’édition complète des textes, due à Isabelle Pierre-Croisiau, a paru en 2019 à l’Institut français d’archéologie orientale.
Le règne lui-même laisse d’autres traces, loin de Saqqarah : inscriptions rupestres près d’Assouan, mentions dans les biographies de hauts fonctionnaires comme Ouni à Abydos ou Herkhouf près d’Éléphantine. Sa pyramide reste cependant le lieu où sa mémoire est la plus dense, et l’étude des fragments peut encore préciser l’emplacement de certains passages.
Sources
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Textes des pyramides, Mission archéologique franco-suisse de Saqqâra, université de Genève ; Isabelle Pierre-Croisiau, Les textes de la pyramide de Mérenrê (MIFAO 140), Institut français d’archéologie orientale, 2019 ; King Merenre, Digital Egypt for Universities, University College London.