
Un règne au début de la VIe dynastie
Ouserkarê prend place entre Téti et Pépy Ier dans la succession royale. Cette position est assurée par la Liste d’Abydos, dressée bien plus tard sous la XIXe dynastie, et confortée par les annales de la VIe dynastie découvertes à Saqqara-sud. La documentation ne permet pas de raconter son règne avec le détail disponible pour Pépy Ier. Elle suffit toutefois à établir qu’il fut reconnu comme roi. Les reconstructions qui font de lui un usurpateur ou l’acteur d’une crise dynastique restent des hypothèses.
Pourquoi un complexe funéraire est attendu
Les souverains de l’Ancien Empire faisaient édifier un ensemble associant pyramide, temple funéraire, chaussée et installations de culte. Même un règne court pouvait laisser un chantier, un projet modifié ou un monument repris par un successeur. Retrouver celui d’Ouserkarê permettrait de fixer un point majeur de la topographie de Saqqara et de mieux comprendre la transition entre Téti et Pépy Ier. Mais l’absence actuelle de monument identifié ne prouve ni sa destruction totale ni sa localisation à Tabbet el-Guech.
Le raisonnement de Vassil Dobrev
La recherche menée à Tabbet el-Guech part du paysage funéraire. Les maisons d’éternité de prêtres et de responsables du culte peuvent se regrouper autour d’un centre royal auquel leurs fonctions étaient liées. Si l’on retrouve une communauté funéraire cohérente sans monument central visible, il devient légitime de chercher ce centre sous les couches de sable et les constructions postérieures. Cette méthode a une force : elle part des réseaux humains. Elle a aussi une limite : les prêtres pouvaient servir plusieurs cultes et les nécropoles évoluer pendant des générations.
La première campagne géophysique
En 2013, l’équipe a combiné induction électromagnétique, radar de sol et mesures magnétiques avec l’objectif explicite de détecter d’éventuelles fondations de pyramide. L’étude publiée en 2021 revient sans ambiguïté sur ce résultat : aucune preuve matérielle solide de telles fondations n’a été mise en évidence. Les contrastes de conductivité observés ont néanmoins montré que la méthode pouvait distinguer certains matériaux et qu’une prospection plus fine méritait d’être tentée.
Les anomalies de 2015
La nouvelle campagne a utilisé une résolution spatiale plus serrée et une profondeur d’investigation inférieure à deux mètres. Les cartes ont fait apparaître plusieurs formes rectangulaires structurées, dont l’une avoisine 80 mètres carrés et une autre présente une organisation orthogonale en petits carrés. Les auteurs estiment qu’il s’agit probablement de structures anthropiques comparables aux maisons d’éternité voisines. Ces anomalies sont de bons candidats pour orienter des fouilles ; elles n’ont ni inscriptions, ni plan royal démontré, ni attribution à Ouserkarê.
Ce qui ferait preuve
Pour identifier un complexe d’Ouserkarê, il faudrait converger vers des éléments diagnostiques : architecture royale, fragments inscrits au nom du souverain, sceaux, vaisselle de fondation, titres de prêtres explicitement liés à son culte ou organisation monumentale compatible. Une forme géophysique, même spectaculaire, reste un signal physique. La fouille doit ensuite établir sa nature, sa date et sa fonction. Cette chaîne de preuve protège l’histoire contre l’effet d’annonce.
Une enquête toujours ouverte
L’objectif présenté par l’IFAO pour l’opération de Tabbet el-Guech était d’apporter une preuve archéologique de l’existence du complexe d’au moins un des rois manquants de la VIe dynastie. La formulation est importante : elle ne présuppose pas lequel, ni même que le complexe se trouve dans la zone déjà fouillée. Ouserkarê demeure le candidat le plus évocateur, parce que son règne occupe une place réelle mais brève dans les sources. Le site offre des raisons de chercher ; il n’autorise pas encore à annoncer une découverte.