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Ippolito Rosellini

Ippolito Rosellini — Ippolito Rosellini en Égypte, aquarelle de reconstitution
Ippolito Rosellini en Égypte, aquarelle de reconstitution

1800–1843 | La mission franco-toscane et ses archives

Je suis Ippolito Rosellini, né à Pise en 1800. J’ai étudié les langues orientales au moment où la lecture des hiéroglyphes commençait à changer. Les travaux de Jean-François Champollion m’ont profondément marqué et j’ai appris auprès de lui à traiter les inscriptions comme des textes dans une langue, plutôt que comme une suite d’emblèmes mystérieux. À l’université de Pise, j’ai enseigné l’histoire et la langue de l’Égypte ancienne dès les années 1820. Cet enseignement témoignait d’une discipline naissante. Il ne reposait pas sur ma seule voix : les manuscrits coptes, les copies d’inscriptions et les recherches d’autres savants formaient son matériau.

Avec l’appui du grand-duc de Toscane, j’ai dirigé une mission toscane associée à celle de Champollion en Égypte et en Nubie en 1828 et 1829. Nous voulions éprouver la méthode de lecture sur les monuments eux-mêmes et constituer une documentation large. Le voyage réunissait des linguistes, des dessinateurs, des architectes et des naturalistes. Il dépendait aussi de bateliers, de guides et d’aides égyptiens que les documents européens nomment trop rarement. Les itinéraires, les accès et les conditions de travail furent rendus possibles par ces personnes. L’expression « expédition scientifique » ne doit pas cacher la logistique et les connaissances locales sur lesquelles la science s’appuyait.

Nous avons parcouru la vallée du Nil et observé des temples, des tombes et des paysages de Nubie. Une inscription pouvait être copiée, puis comparée à d’autres pour confirmer une lecture. Les couleurs d’une scène ou la disposition d’un relief demandaient également un dessin attentif. Nos feuilles ne sont pas toutes de ma main. Giuseppe Angelelli a peint, Gaetano Rosellini a produit des plans et dessins, et d’autres compagnons ont laissé des notes. Leurs travaux ont donné au voyage une dimension visuelle et architecturale que mes seules transcriptions n’auraient pu fournir. Les archives conservées à Pise permettent aujourd’hui de retrouver ces contributions.

J’ai compris sur place que lire un nom royal ne suffit pas à raconter une société. Les images des tombes montrent des travaux, des rituels et des relations qui demandent d’être replacés dans leur époque. Les monuments religieux et civils ne livrent pas le même genre de témoignage. J’ai tenté de classer ces matériaux pour construire une histoire de l’Égypte ancienne, avec ses institutions, ses croyances et ses pratiques. Cette organisation était utile, mais elle portait les catégories de mon siècle. Un dessin choisi pour illustrer une activité pouvait être séparé de son contexte original. Les chercheurs modernes reviennent aux lieux et aux manuscrits pour contrôler ces déplacements.

La mission recueillit aussi des antiquités qui quittèrent l’Égypte pour les collections toscanes et françaises. Il serait trompeur de ne voir dans ce résultat qu’un enrichissement des musées. Chaque objet déplacé perd une partie de son rapport au site d’origine, surtout lorsque la provenance a été mal enregistrée. Le grand-duc finançait l’entreprise et attendait des pièces pour ses collections. Les choix scientifiques se mêlaient donc aux attentes politiques et institutionnelles. Les archives de la mission permettent d’étudier les objets, mais elles doivent aussi servir à reconstruire les conditions de leur acquisition et les acteurs égyptiens que les inventaires ont parfois effacés.

Ippolito Rosellini — Relevés collectifs des scènes et des plans, aquarelle de reconstitution
Relevés collectifs des scènes et des plans, aquarelle de reconstitution

Après notre retour, Champollion est mort en 1832. J’ai poursuivi la mise en ordre des données recueillies pendant le voyage et la publication de I Monumenti dell’Egitto e della Nubia. Cette œuvre de plusieurs volumes, accompagnée de planches en couleur, a demandé des années. Elle repose sur les dessins des compagnons de voyage, les relevés, la gravure et l’impression. Elle a diffusé des images et des interprétations à un public qui n’avait jamais vu les sites. La beauté de ses planches ne dispense pas de regarder leurs étapes de fabrication : copie sur place, reprise en atelier, choix éditorial et parfois correction ou simplification.

Mes analyses ont contribué à installer l’égyptologie dans l’enseignement italien. Elles ont aussi transmis de vastes dossiers de sources que l’on peut encore vérifier. Les recherches actuelles ont numérisé l’archive Rosellini et identifié des ensembles de dessins ou de notes qui avaient été négligés. Elles font apparaître plus nettement le travail de Gaetano Rosellini, d’Angelelli et d’autres membres de la mission. Cette réévaluation ne retire pas ma responsabilité de directeur ; elle permet de donner à chaque contribution sa juste place. Une expédition n’est pas une biographie illustrée d’un chef, mais une production collective et située.

Je suis mort en 1843, alors que la publication de certains matériaux se poursuivait encore. Mon nom reste associé à Champollion, mais ma contribution ne se réduit pas à l’avoir accompagné. J’ai organisé une équipe, participé aux relevés et surtout transformé une masse documentaire en ouvrage. J’ai aussi fait partie d’un mouvement européen d’acquisition d’antiquités dont les effets doivent être discutés avec les institutions et les chercheurs égyptiens. Le paysage des connaissances a changé depuis mon époque : de nouvelles fouilles, une lecture plus précise des textes et une attention accrue à la provenance corrigent les certitudes du XIXe siècle.

Ippolito Rosellini — Édition des Monumenti à Pise, aquarelle de reconstitution
Édition des Monumenti à Pise, aquarelle de reconstitution

Le « je » de cette fiche est reconstitué à partir des sources citées, sans dialogue inventé. Mon héritage le plus solide réside dans les dessins, plans, notes et volumes issus de la mission franco-toscane. Ils permettent d’étudier l’Égypte et la Nubie telles que l’équipe les a observées en 1828 et 1829, tout en révélant les choix et les limites de notre regard. Les artistes européens, les aides égyptiens, les éditeurs et les graveurs ont participé à ce résultat. Les monuments, enfin, n’attendaient pas notre arrivée pour avoir une histoire : notre travail fut une étape de leur documentation moderne, ni leur origine ni leur dernier mot.

Récit reconstitué à la première personne à partir des sources citées. Les aquarelles sont des évocations contemporaines, non des documents d'époque ni des témoignages sur des rencontres individuelles précises.

Sources principales