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Giovanni Battista Belzoni

Giovanni Battista Belzoni — Belzoni au début de ses travaux en Égypte, aquarelle de reconstitution
Belzoni au début de ses travaux en Égypte, aquarelle de reconstitution

1778 à 1823 | Des scènes européennes aux monuments de l’Égypte

Je m’appelle Giovanni Battista Belzoni. Je suis né en 1778 à Padoue, dans une famille modeste. Mon père était barbier, et rien, dans mon enfance, ne me destinait aux tombeaux des pharaons. À seize ans, je suis parti pour Rome. J’y ai cherché ma voie, étudié la mécanique et appris à me débrouiller avec ce que j’avais. Mon corps m’a longtemps servi autant que mon esprit : j’étais d’une taille exceptionnelle et d’une force qui attirait les regards. À Londres, on m’a vu sur scène, notamment au théâtre de Sadler’s Wells, où je gagnais ma vie par des démonstrations de force. J’ai été homme de spectacle avant d’être explorateur. J’y ai aussi rencontré Sarah, qui allait partager mes voyages et affronter avec moi leurs difficultés.

J’ai parcouru l’Europe, joué devant des publics différents, imaginé des machines. En 1815, je suis arrivé en Égypte avec un projet qui n’avait rien d’archéologique : proposer à Méhémet Ali, le gouverneur du pays, un appareil destiné à élever l’eau du Nil pour l’irrigation. Je pensais que mon expérience de la mécanique pourrait m’y ouvrir un avenir. La machine ne m’a pas apporté celui que j’espérais. Mais l’Égypte m’a retenu. Partout, des monuments surgissaient du sable ou dépassaient des villages. Je ne savais pas encore lire leurs inscriptions. Je savais, en revanche, déplacer des charges, organiser des hommes et chercher obstinément un passage là où d’autres n’en voyaient pas.

C’est ainsi que j’ai rencontré le voyageur Johann Ludwig Burckhardt, puis Henry Salt, consul britannique. Salt cherchait des antiquités pour ses collections et pour le British Museum. Il m’a confié une tâche à la mesure de ma réputation : transporter depuis le Ramesseum, près de Thèbes, un buste colossal de Ramsès II que les Européens appelaient le « jeune Memnon ». La pierre pesait des tonnes. Avec des ouvriers égyptiens, nous avons préparé des traîneaux et tiré le colosse jusqu’au Nil avant son départ vers l’Angleterre. On a célébré ma force et mon ingéniosité. Pourtant, sans ces ouvriers, leur travail et leur connaissance du terrain, le buste n’aurait pas bougé.

Le succès m’a entraîné plus loin sur le fleuve, jusqu’en Nubie. À Abou Simbel, la façade du grand temple de Ramsès II était en grande partie ensevelie. Burckhardt en avait aperçu les colosses quelques années plus tôt ; je ne pouvais donc prétendre avoir découvert le lieu. Je voulais atteindre l’entrée et voir ce que cachait la montagne. Une première tentative échoua. Je revins, et nous avons travaillé dans le sable et la chaleur jusqu’à pouvoir pénétrer dans le temple, le 1er août 1817. Derrière la porte apparurent des salles, des statues et des parois sculptées. Ce que j’avais pris de loin pour une façade isolée appartenait à un ensemble bien plus vaste.

Giovanni Battista Belzoni — Dégagement d'Abou Simbel, aquarelle de reconstitution
Dégagement d'Abou Simbel, aquarelle de reconstitution

Cette même année, dans la Vallée des Rois, ma recherche prit une autre tournure. J’examinais le sol, les débris et les traces laissées dans la roche. En octobre 1817, nous avons ouvert l’accès à la tombe de Séthi Ier. Elle était immense, ornée de peintures et de textes sur une succession de salles et de couloirs. Le roi n’y reposait plus : sa sépulture avait été pillée dans l’Antiquité. Mais son sarcophage d’albâtre était encore là. Je l’ai fait sortir de la tombe ; il se trouve aujourd’hui à Londres, au musée de Sir John Soane. J’ai également fait réaliser des moulages et des relevés du décor. Ces traces ont permis à des personnes qui ne verraient jamais la tombe d’en connaître les images.

Je n’ai pas arrêté de chercher. En 1818, à Gizeh, j’ai retrouvé l’entrée de la pyramide de Khéphren et gagné sa chambre intérieure. J’ai voyagé vers la mer Rouge à la recherche de l’antique Bérénice et exploré d’autres régions d’Égypte. Chaque entreprise demandait de résoudre des problèmes concrets : où creuser, comment éclairer un passage, comment faire avancer une pierre, comment supporter la chaleur. C’était le métier que je m’étais inventé. Je n’étais pas un savant formé à l’étude des langues anciennes. Je travaillais au moment où l’on ne savait pas encore déchiffrer les hiéroglyphes, et mes découvertes pouvaient révéler des monuments sans m’en livrer toute l’histoire.

Giovanni Battista Belzoni — Parcours sur le Nil, aquarelle de reconstitution
Parcours sur le Nil, aquarelle de reconstitution

De retour en Angleterre en 1819, j’ai voulu montrer ce que j’avais vu. J’ai publié le récit de mes opérations et présenté à Londres une exposition inspirée de la tombe de Séthi Ier. Le public pouvait enfin imaginer ses couloirs peints. Le spectacle faisait partie de ma vie depuis toujours ; cette fois, il servait à faire connaître les monuments égyptiens. Pourtant, la célébrité ne dit pas tout. Mes fouilles furent parfois brutales, y compris aux yeux de certains de mes contemporains. J’ai retiré des objets de leur pays, et j’ai même gravé mon nom sur le sarcophage de Séthi Ier. Aujourd’hui, cette marque raconte autant mes ambitions que les limites de mon époque.

Je suis reparti en 1823 pour une autre expédition, cette fois en Afrique de l’Ouest, à la recherche du cours du Niger. Je suis mort avant d’atteindre mon but. Ma contribution à la connaissance de l’Égypte tient aux accès que mon équipe et moi avons ouverts, aux monuments rendus visibles et aux relevés laissés derrière nous. Elle porte aussi une question que je n’ai pas su résoudre : découvrir un lieu donne-t-il le droit d’en emporter les œuvres ? Ceux qui étudient aujourd’hui l’Égypte peuvent admirer l’audace de mes recherches sans oublier les hommes qui m’ont aidé, ni le pays auquel appartenaient les monuments que j’ai fait connaître.

Récit reconstitué à la première personne à partir des sources citées. Les aquarelles sont des évocations contemporaines, non des documents d'époque ni des photographies des opérations décrites.

Sources principales