Assiout : l’expédition aux momies

Deux ingénieurs partent sans escorte chercher des momies dans la montagne d’Assiout. Leur trouvaille les surprend.

La montagne et les hypogées d’Assiout, depuis l’ouest de la ville.
La montagne et les hypogées d’Assiout, depuis l’ouest de la ville. Description de l’Égypte, Antiquités IV, pl. 43. Mise en couleur illustrative réalisée avec l’IA, sans valeur de fac-similé.

Dans les textes de la Description

Assiout est la première rencontre des savants avec une grande tombe décorée. L’hypogée principal les impressionne « par sa grandeur, la régularité de son plan, et surtout par la quantité prodigieuse de sculptures dont ses parois sont couvertes ». Ils l’avouent : « Il est vrai qu’alors nous ne connaissions pas les tombeaux des rois de Thèbes. »

L’entrée, taillée dans une paroi dressée de 12 à 15 m de large, « a véritablement quelque chose d’imposant et de solennel ». Les hiéroglyphes qui couvrent les murs sont pour eux une révélation : « C’étaient les premières pages un peu étendues de cette écriture symbolique que nous découvrions ; elles étaient pour nous d’un grand intérêt. Retenus à Syout par suite des dispositions militaires de la campagne, nous avions tout le loisir nécessaire pour copier ces inscriptions. »

Puis vient l’aventure. « Nous pressions un jour notre guide de nous conduire à des grottes où nous trouverions des momies humaines tout entières. » Il accepte, mais prévient que c’est loin dans la montagne. Les deux ingénieurs n’hésitent pas : « nous partîmes sans escorte, parce que les troupes alors à Syout étaient trop peu nombreuses et trop occupées pour nous en fournir une, et sans rien dire de nos projets, dans la crainte que le commandant de la place, par intérêt pour notre sûreté, ne s’opposât à notre excursion. » La marche est rude : ils franchissent la chaîne libyque et des ravins « où la chaleur était fortement augmentée par le reflet des rayons solaires que renvoie un terrain blanc, dépouillé de toute espèce de végétation ». Au bout de deux heures, le guide désigne quelques voûtes basses. Déception : « Nous reconnûmes facilement que nous étions pas sur des ruines de l’antique Egypte, mais sur des ruines chrétiennes, humbles demeures de ces anachorètes qui, dans les premières années de notre ère, se réfugièrent dans les déserts de la Thébaïde. »

Le guide fouille quand même et sort un cercueil de sycomore : « Ce cercueil renfermait un homme blanc dont les parties musculaires, la peau, les dents, les ongles et la barbe étaient parfaitement conservés, ainsi que le linceul qui enveloppait le corps. Nous n’aperçûmes cependant aucune trace d’embaumement. » Le retour est penaud : « Nous revînmes de notre expédition un peu honteux de son résultat, et en grondant notre guide, qui ne concevait pas pourquoi nous n’étions pas satisfaits. »

Restent les bêtes : dans la montagne, « une si grande quantité de débris de momies » de loups ou de chacals, qui confirme que Syout est l’ancienne Lycopolis, la ville des loups.

Description de l’Égypte (1809-1829), T. IV, chap. XIII, § II (Jollois et Devilliers).

Deux siècles plus tard

Assiout, la Lycopolis des Grecs, était la ville d’Oupouaout, le dieu à tête de chien sauvage « qui ouvre les chemins » ; les momies de canidés vues par les savants se rattachent à son culte. Ville de garnison sur la route des oasis, elle a joué un rôle clé lors de la Première Période intermédiaire, vers 2100 av. J.-C., dans les guerres entre Hérakléopolis et Thèbes. La grande tombe décrite par Jollois et Devilliers est sans doute celle de Djefaihapy Ier, gouverneur sous Sésostris Ier (XIIe dynastie). C’est l’une des plus vastes tombes privées du Moyen Empire. Ses murs portent dix contrats passés entre le gouverneur et les prêtres pour assurer son culte funéraire, un document exceptionnel sur le droit égyptien.

La nécropole a aussi livré en 1894 les célèbres maquettes de soldats en bois du tombeau de Mésehti, deux bataillons de quarante hommes, aujourd’hui au musée du Caire. Les tombes ont ensuite servi d’habitations à des ermites chrétiens, ce qui explique la découverte des savants : le corps non embaumé appartenait sans doute à l’un de ces anachorètes, conservé naturellement par la sécheresse.

Depuis 2003, une mission germano-égyptienne, le projet Assiout, étudie et publie systématiquement la montagne funéraire, longtemps fermée aux visiteurs pour raisons de sécurité. Elle a mis au jour des tombes inédites et de nombreux graffitis laissés par les visiteurs anciens.

Sources

Textes anciens

  • Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. IV, chap. XIII, § II (Jollois et Devilliers).
  • Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités IV, pl. 43.

Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.