Qaou el-Kebir, le premier temple

Le premier temple qui accueille les voyageurs remontant le Nil : un portique de colonnes au bord de l’eau.

Vue du temple disparu de Qaou el-Kebir.
Vue du temple disparu de Qaou el-Kebir. Description de l’Égypte, Antiquités IV, pl. 40. Mise en couleur illustrative réalisée avec l’IA, sans valeur de fac-similé.

Dans les textes de la Description

Pour qui remonte le fleuve, Qaou est une première fois. « Quand on remonte le Nil pour visiter les monumens de la Thébaïde, le premier que l’on rencontre sur les rives du fleuve et qui donne une haute idée du style et de la majesté des ouvrages de l’Égypte ancienne, est celui que l’on trouve au village de Qâou. »

C’est depuis le bateau qu’il se révèle : « Tous les voyageurs seront frappés, comme nous l’avons été nous-mêmes, en apercevant de leurs barques ces belles colonnes et ces chapiteaux à feuilles de dattier, à travers des groupes de palmiers de même grandeur, et, pour ainsi dire, confondus avec ces arbres eux-mêmes, dont ils retracent la fidèle image. » Pour Jomard, la colonne égyptienne est née là, sous ses yeux, du palmier.

Le temple n’est plus qu’un portique de dix-huit colonnes sur trois rangs, dont trois sont tombées en emportant architraves et plafonds. « Le reste du portique est encore couvert de son plafond. » Au loin dans l’axe, un tabernacle monolithe, encore debout, marque l’emplacement du sanctuaire.

Sur la frise, une inscription grecque brisée en six morceaux donne le nom de la ville : « nous apprenons par elle qu’Antée était honoré dans ce magnifique temple. » Antée, le géant de la fable, fils de la Terre, « qui fut terrassé par Hercule. Chaque fois qu’il touchait à la terre, soudain il reprenait des forces ».

Un détail inquiète Jomard : le fleuve se rapproche. Le temple n’est plus qu’à quinze ou seize mètres de l’eau. « Il est probable que ce progrès ira toujours en croissant, et que le portique finira par être baigné par les eaux. » Le bas des colonnes est déjà rongé par le sel, et tout le reste du temple gît à terre. Il conclut : « on est fort porté à croire que cette destruction est l’ouvrage des eaux du Nil, qui ont miné insensiblement les fondations et fait écrouler les murailles. »

Il note aussi une curiosité végétale, « un dattier qui, aux deux tiers de sa hauteur, se divise en deux tiges égales », le seul qu’il ait vu en Égypte.

Description de l’Égypte (1809-1829), T. IV, chap. XII (Jomard).

Deux siècles plus tard

La prédiction de Jomard s’est réalisée très vite. Le portique a été emporté par le Nil au début des années 1820, miné par l’érosion de la rive ; quelques blocs seulement ont survécu. Les planches de la Description sont la principale image qui en reste, ce qui donne à ce récit une valeur particulière.

Le temple datait de l’époque ptolémaïque et romaine. L’inscription grecque de la frise est dédiée sous Ptolémée VI et Cléopâtre II, puis restaurée sous Marc Aurèle. L’« Antée » des Grecs est en réalité Nemty, ou Anty, un dieu faucon local, protecteur des passeurs du fleuve, que les Grecs ont assimilé à leur géant.

La ville, Tjebu pour les Égyptiens, est surtout connue aujourd’hui par sa nécropole. Les gouverneurs du Moyen Empire, comme Ouahka et Ibou, s’y sont fait creuser des tombes-temples à terrasses, parmi les plus ambitieuses de l’époque. L’Italien Ernesto Schiaparelli les fouille en 1905. Dans les années 1920, Flinders Petrie et Guy Brunton explorent les cimetières de Qaou et de la région de Badari, toute proche. Ils y identifient la « culture badarienne », vers 4400-4000 av. J.-C., l’une des plus anciennes cultures agricoles de la vallée.

Le site, en Moyenne-Égypte entre Assiout et Sohag, reste peu visité ; le temple n’y existe plus.

Sources

Textes anciens

  • Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. IV, chap. XII (Jomard).
  • Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités IV, pl. 40.

Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.