Akhmim, la ville de Pan et de Persée
À Akhmim, les temples ont presque disparu. Saint-Genis interroge Hérodote pour retrouver Pan et Persée.

Dans les textes de la Description
L’accueil est inattendu. « La petite ville d’Akhmym nous parut, au premier aspect, assez forte et bien bâtie en brique, ornée d’assez belles mosquées […] A peine fûmes-nous débarqués, que plusieurs d’entre eux s’emparèrent de nous pour nous mener aux ruines, qu’ils nous savaient fort curieux de visiter. » Saint-Genis explique cette familiarité par la forte population chrétienne de la ville.
Des deux temples, presque rien ne reste. Du premier, quelques blocs énormes, dont l’un porte une inscription grecque et, sur la face voisine, un disque ailé et des cercles divisés en douze parties, qui évoquent « un zodiaque ou monument relatif à la marche du soleil ». Le reste a fondu : « Les habitans ont employé une petite partie de ses matériaux dans la construction de quelques-unes de leurs maisons, et le surplus à faire de la chaux. […] on a scié les colonnes de l’édifice pour en faire des meules. »
Le second temple, que les habitants nomment el-Birbé, est renversé bloc par bloc : un vautour aux ailes immenses, une pierre de plafond « parsemée d’étoiles qui se détachent sur un fond bleu », et partout l’impression que « tout annonce qu’il était très-vaste ».
Pour peupler ces ruines, Saint-Genis convoque Hérodote, venu ici vers 450 av. J.-C. « L’éloignement pour les coutumes étrangères, dit Hérodote, liv. II, se remarque dans toute l’Égypte, excepté à Chemmis, ville considérable de la Thébaïde, près de Neapolis, où l’on voit un temple de Persée, fils de Danaé. » Le héros grec y apparaît : « Les Chemmites disent que ce héros apparaît souvent dans le pays et dans le temple ; qu’on trouve quelquefois une de ses sandales, qui a deux coudées de long, et qu’après qu’elle a paru, la fertilité et l’abondance règnent dans toute l’Égypte. » On y célèbre même des jeux à la grecque, dont « les prix qu’on y propose sont du bétail, des manteaux et des peaux ». Diodore ajoute que Chemmis signifie « ville de Pan », et Plutarque y place l’origine d’un mot : les Pans et les Satyres de Chemmis apprirent les premiers la mort d’Osiris, « De là les frayeurs soudaines qui saisissent une multitude, ont été appelées terreurs paniques. » Saint-Genis en conclut que le premier temple était « vraisemblablement celui de Pan ».
Description de l’Égypte (1809-1829), T. IV, chap. XI, 1re suite, « Notice sur les restes de l’ancienne ville de Chemmis ou Panopolis » (Saint-Genis).
Deux siècles plus tard
Le « Pan » des Grecs est Min, dieu égyptien de la fertilité, représenté ithyphallique, et patron des pistes du désert oriental. La ville, Ipou ou Khent-Min pour les Égyptiens, Panopolis pour les Grecs, a gardé dans son nom copte puis arabe, Akhmim, l’écho de son nom ancien. Le Persée d’Hérodote est sans doute un dieu local rapproché du héros grec par les intermédiaires de l’historien.
Les temples décrits par Saint-Genis ont achevé de disparaître au XIXe siècle, démontés pour des bâtiments publics. Mais la ville cachait encore un trésor : en 1981, des travaux révèlent sous un quartier d’Akhmim une statue colossale de calcaire de Méritamon, fille et épouse de Ramsès II, haute d’environ 11 m, avec ses couleurs. Elle est exposée sur place dans un musée en plein air, à côté d’un colosse de Ramsès II. D’autres fragments du temple apparaissent à chaque nouvelle fouille sous les maisons.
Panopolis fut un grand foyer intellectuel de l’Égypte romaine et byzantine : l’alchimiste Zosime et le poète Nonnos, auteur des Dionysiaques, en sont originaires. Ses nécropoles ont fourni au XIXe siècle des milliers de tissus coptes et un manuscrit grec du Livre d’Hénoch. La ville reste connue pour son tissage, et le grand monastère de saint Chénoute, le « monastère Blanc », se trouve à quelques kilomètres, près de Sohag.
Sources
Textes anciens
- Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. IV, chap. XI, 1re suite, « Notice sur les restes de l’ancienne ville de Chemmis ou Panopolis » (Saint-Genis).
- Illustration : création d’après le texte, sans planche correspondante.
Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.