Antinoé : l’arc, le théâtre et l’hippodrome
L’arc de triomphe, le théâtre et l’hippodrome d’Antinoé, décrits par Jomard dans une cité désertée.

Dans les textes de la Description
Antinoé se repère depuis le fleuve grâce à un détail. « Le monument se distingue de loin aux chapiteaux corinthiens de ses piliers et de ses colonnes, dont les angles sont très-avancés et lui ont fait donner par les Arabes le surnom d’Abou’lqeroun ou cornu ; c’est à quoi l’on distingue Antinoé, quand on navigue sur le Nil. »
C’est le portique du théâtre, au bout de la grande rue longue de 1 308 m. Ses colonnes de 12,78 m sont taillées dans une pierre remplie de fossiles, et pourtant « les feuilles d’acanthe et les caulicoles sont travaillées parfaitement ». Derrière, le théâtre lui-même se découvre à peine : « presque tout a été bouleversé ou détruit de fond en comble, ou brûlé sur la place. Ce n’est qu’en approchant de près qu’on reconnaît la forme demi-circulaire d’un vaste théâtre, semblable aux théâtres romains. »
L’arc de triomphe est le joyau : « ce magnifique monument, qui est conservé […] plus que tous les autres édifices ». Ses colonnes de granit ont été « emportées pour servir à la construction des églises chrétiennes et des mosquées ». Jomard grimpe dans ses escaliers à vis : « Rien n’égale ou ne surpasse la beauté de l’appareil, la finesse des joints, la solidité de la construction. » Il imagine la ville en fête : « Il semble que, dans les jours de fête, la foule traversant les dix ouvertures de l’arc de triomphe devait donner à cet aspect quelque chose de varié et d’animé. »
Aux carrefours se dressent les colonnes d’Alexandre Sévère, « hautes de près de dix-huit mètres ». « Des quatre colonnes qui ornaient la place, deux sont renversées à terre, et semblent tombées tout d’une pièce ; les tambours sont encore juxta-posés. […] la quatrième est intacte, ou peu s’en faut […] Il ne manque rien à celle-ci, que la statue de l’empereur. » Près du carrefour, les savants ramassent « le torse d’une statue en marbre blanc, d’un excellent travail, et qui est le reste d’une figure d’Antinoüs ».
Hors de l’enceinte enfin, l’hippodrome : « au milieu d’une plaine de sable […] est un vaste hippodrome de forme rectangulaire, qui a environ trois cent sept mètres de longueur, soixante-dix-sept mètres de largeur, et qui est terminé à un bout par un demi-cercle. » La piste centrale, l’épine, n’est plus « qu’une élévation en dos d’âne ». C’est là que des savants promeneurs ont dû fuir trois cavaliers bédouins.
Description de l’Égypte (1809-1829), T. IV, chap. XV, § IV-VIII (Jomard).
Deux siècles plus tard
Presque tout ce que Jomard a mesuré a disparu. Dans les années 1820-1830, la ville a servi de carrière : le portique du théâtre, l’arc et les colonnes d’Alexandre Sévère ont été démontés, leurs pierres brûlées en chaux ou employées dans les sucreries de la région. Les relevés et les planches de la Description de l’Égypte sont devenus le document de référence pour restituer l’urbanisme d’Antinoopolis, et les archéologues s’en servent toujours.
Les colonnes étaient dédiées à l’empereur Sévère Alexandre, au début des années 230, comme le montrent leurs inscriptions grecques. La ville gardait à cette époque son statut privilégié de cité grecque et organisait des jeux en l’honneur d’Antinoüs, les Antinoeia, avec courses et concours.
L’hippodrome, en revanche, a survécu à l’état de vestiges. C’est l’un des cirques romains les mieux lisibles d’Égypte, dont le tracé se suit encore dans le désert à l’est de la ville. Les fouilles de la mission italienne de Florence y ont précisé la forme de la piste et des gradins. Le site, à Cheikh Abada, sur la rive droite face à Mallawi, est peu visité. Il illustre un sort fréquent en Égypte au XIXe siècle : les monuments en calcaire, faciles à découper et à cuire, ont disparu plus vite que les temples de grès du sud.
Sources
Textes anciens
- Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. IV, chap. XV, § IV-VIII (Jomard).
- Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités IV, pl. 57.
Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.