Le zodiaque de Dendara
Sur le plafond d’une chapelle du toit, un ciel sculpté : le zodiaque de Dendara, au cœur d’une querelle savante.

Dans les textes de la Description
La nouvelle court dans l’armée avant que les savants n’arrivent. « A notre arrivée à Syout, le 29 mars 1799, nous apprîmes que le général Desaix, en visitant le temple de Denderah, avait découvert, parmi les tableaux hiéroglyphiques qui en composent la décoration, un zodiaque à peu près semblable à celui que les Grecs nous ont transmis. Ce zodiaque tenait une place distinguée parmi les merveilles de la haute Égypte, dont on nous parlait sans cesse pendant notre séjour à Syout, et dont la vue avait excité dans l’armée un enthousiasme général. »
À Qené, ils voient d’abord le dessin de Vivant Denon, puis l’original. « Bientôt nous allâmes à Denderah, et nous vîmes le zodiaque lui-même : il nous parut d’un si grand intérêt, que nous résolûmes aussitôt de le dessiner sur une échelle beaucoup plus grande. » Ils exigent « l’exactitude la plus scrupuleuse », car ce bas-relief « au premier aspect, a l’apparence d’un planisphère céleste ».
L’accès est acrobatique : le temple est enfoui jusqu’aux frises, et l’on entre sur les terrasses par « une ouverture évidemment forcée à travers l’entablement ». Le zodiaque orne le plafond d’une petite chapelle du toit. Les signes y sont disposés dans un médaillon « porté par quatre groupes de deux hommes à tête d’épervier agenouillés, et par quatre figures de femmes debout ». À côté, une immense figure de femme s’étend sur toute la longueur du plafond, « un des plus beaux morceaux de sculpture égyptienne que nous ayons trouvés ».
Un second zodiaque se cache dans le grand portique. Le savant Dupuis repère un jour, au bout du plafond, des figures familières : six signes. « Nous regardions vainement dans les environs pour découvrir les six autres signes, lorsque l’idée nous vint de les chercher à l’extrémité opposée du portique. Nous eûmes la satisfaction de les y trouver rangés dans un ordre régulier. »
Reste à dater ce ciel. Les auteurs l’admettent : c’est « le problème vers la solution duquel doivent tendre presque toutes les recherches sur les zodiaques égyptiens ». En supposant que le premier signe soit celui que traverse le soleil au lever de Sirius, début de la crue, ils font « remonter le zodiaque de Denderah au temps où le Lion était le premier des signes », c’est-à-dire à une antiquité vertigineuse.
Description de l’Égypte (1809-1829), T. III, appendice II, « Description des monumens astronomiques découverts en Égypte », § V-VI ; T. VIII, « Recherches sur les bas-reliefs astronomiques des Égyptiens » (Jollois et Devilliers).
Deux siècles plus tard
Le « zodiaque circulaire » a quitté Dendara. En 1821, deux Français, Lelorrain et Saulnier, le découpent dans le plafond à la scie et à la poudre et l’expédient à Paris. Acheté par Louis XVIII, il est exposé à la Bibliothèque royale, puis au Louvre depuis 1919. Un moulage le remplace sur place, dans la chapelle d’Osiris du toit.
Son arrivée déclenche « l’affaire du zodiaque ». Si le monument datait de plusieurs milliers d’années, comme le pensaient Dupuis, Fourier ou les auteurs de la Description, il contredisait la chronologie biblique. Le débat agite savants, églises et journaux. En 1822, Champollion lit dans un cartouche voisin le titre grec « autocrator », empereur : le monument est d’époque gréco-romaine.
La datation actuelle place le zodiaque vers 50 av. J.-C., à la fin de l’époque ptolémaïque. Il combine les signes du zodiaque d’origine babylonienne et grecque avec les constellations et les décans égyptiens. Certains chercheurs y ont même identifié la représentation de deux éclipses de cette période. C’est le seul zodiaque circulaire connu en Égypte.
Le second zodiaque, rectangulaire, découvert par Dupuis au plafond du pronaos, est toujours en place. Il a retrouvé ses couleurs lors de la restauration récente de la salle hypostyle.
Sources
Textes anciens
- Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. III, appendice II, « Description des monumens astronomiques découverts en Égypte », § V-VI ; T. VIII, « Recherches sur les bas-reliefs astronomiques des Égyptiens » (Jollois et Devilliers).
- Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités IV, pl. 21.
Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.