Dendara : dessiner au risque de sa vie

Dessiner Dendara, seuls et sans escorte, au risque d’être attaqués : le récit de Jollois et Devilliers.

Façade du grand temple de Dendara, ensablé.
Façade du grand temple de Dendara, ensablé. Description de l’Égypte, Antiquités IV, pl. 7. Mise en couleur illustrative réalisée avec l’IA, sans valeur de fac-similé.

Dans les textes de la Description

La première visite se fait sous escorte, après des semaines de marches. « Quelques jours après notre arrivée à Qené, nous eûmes une escorte pour nous rendre à Denderah, et nous pûmes enfin espérer de contempler pour la première fois avec sécurité des monumens que nous étions venus chercher si loin. »

Le grand temple est à demi enterré, et coiffé d’un village. « Ce qui présente surtout un effet très-pittoresque et un contraste bien frappant, ce sont ces restes de maisons modernes qui sont comme suspendus en l’air sur les terrasses du temple. Un village arabe, composé de misérables cahutes en terre, domine le monument le plus magnifique de l’architecture égyptienne. »

Le portique les saisit dès l’abord : « de loin, on est frappé de la noble simplicité de ses formes, ainsi que des grandes et belles lignes de son architecture. » Ils veulent revenir, encore et encore. « Le plaisir que l’on éprouve à contempler les magnifiques antiquités de Tentyris est tel, que, lorsqu’on les a quittées, on sent un besoin plus vif de les revoir et de les étudier encore. »

Alors ils désobéissent. « Combien de fois ne nous est-il pas arrivé, pour satisfaire nos impatiens désirs, de quitter furtivement le lieu de notre résidence pour aller recueillir les nombreux dessins que nous publions aujourd’hui ! Seuls et sans escorte, au risque d’être assassinés par les Arabes qui fréquentent la contrée, nous partions de Qené tous les jours à la même heure. » Un batelier les fait traverser et les attend jusqu’au soir.

Un jour, ils s’attardent. La nuit tombe. Le batelier, croyant ses passagers tués, les a cherchés du haut des berges, appelant à mi-voix par peur d’être entendu. « Nous arrivâmes enfin, et nous le trouvâmes tout en larmes, la face contre terre et priant avec ferveur. Il serait difficile de peindre la joie que ce brave homme eut de nous revoir. Nous le payions toujours très-bien : mais cette fois nous triplâmes son salaire ; et quoiqu’il aimât l’argent, comme tous les Égyptiens, cette générosité nous parut lui faire éprouver moins de contentement que notre retour inespéré. »

Le danger est réel. Les deux ingénieurs renoncent à chercher les tombes dans la montagne voisine, à cause de « l’impossibilité absolue de traverser une contrée découverte et fréquentée par les Arabes, qui y rôdaient en grand nombre ».

Description de l’Égypte (1809-1829), T. III, chap. X, « Description des antiquités de Denderah », § I et V (Jollois et Devilliers).

Deux siècles plus tard

Le grand temple de Dendara est dédié à Hathor, déesse de l’amour, de la musique et de la joie. Il a été rebâti à partir de 54 av. J.-C., sous Ptolémée XII, et achevé sous les empereurs romains Auguste et Tibère, sur un sanctuaire bien plus ancien. C’est l’un des temples les mieux conservés d’Égypte : toits, escaliers, cryptes et chapelles y sont intacts. Sur le mur arrière, Cléopâtre VII et son fils Césarion figurent en grand relief.

Le village perché sur les terrasses a été déblayé par Auguste Mariette au milieu du XIXe siècle, qui a dégagé le temple jusqu’au sol. La salle hypostyle, avec ses colonnes surmontées de visages d’Hathor, était noircie par des siècles de fumées. Sa restauration, menée entre 2005 et les années 2020, a fait réapparaître des plafonds d’un bleu et d’un or éclatants, que les savants de 1800 ne pouvaient qu’imaginer.

L’enceinte de brique décrite par Jollois et Devilliers contient aussi deux mammisis, une chapelle de naissance d’Isis, un lac sacré et un sanatorium où les malades venaient chercher la guérison. Les tombes de la nécropole de Tentyris, qu’ils n’avaient pu explorer, ont été fouillées au XXe siècle ; elles datent surtout de l’Ancien Empire et de la Première Période intermédiaire.

Dendara est aujourd’hui une excursion classique depuis Louxor, à environ 60 km au nord. On y monte sur les terrasses par les escaliers des processions.

Sources

Textes anciens

  • Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. III, chap. X, « Description des antiquités de Denderah », § I et V (Jollois et Devilliers).
  • Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités IV, pl. 7.

Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.