
La présence d’arsenic peut renseigner sur les matières employées et sur les remaniements d’une peinture. Il faut toutefois distinguer un pigment à base d’arsenic, une impureté et un signal provenant d’une autre couche.
Lire un signal dans son contexte
Une bande décorative est un bon point de comparaison parce que ses plages colorées sont faciles à délimiter. Mais elle n’est pas nécessairement faite d’une matière pure. Les superpositions et les mélanges imposent de comparer la carte chimique avec une photographie précise et avec la structure de la peinture.
L’arsenic dans les jaunes et les rouges
L’étude de Menna et de Nakhtamon publiée en 2023 associe des signaux d’arsenic à plusieurs zones jaunes et rouges. Les chercheurs envisagent notamment l’emploi d’orpiment et des mélanges avec des ocres. La couleur visible ne donne donc pas, à elle seule, la recette utilisée.
Approvisionnement ou mélange ?
Dans les pigments contenant du cuivre, des éléments minoritaires peuvent aussi orienter une comparaison des matières premières. Les travaux sur les bleus et verts égyptiens croisent ainsi chimie, structure et fabrication. Passer de ces indices à l’identité d’un atelier demande toutefois d’autres preuves et un ensemble d’échantillons comparables.
Retrouver une version antérieure
À Nakhtamon, la répartition de l’arsenic autour du sceptre royal contribue à repérer une forme différente de celle qui est visible aujourd’hui. Une carte d’éléments peut ainsi documenter une reprise du dessin. Elle renseigne sur les étapes du travail, sans expliquer nécessairement pourquoi le peintre a changé son projet.
De l’indice à l’interprétation
Une attribution doit préciser ce qui est mesuré et ce qui est proposé. La composition d’un pigment, la succession des couches et les relations entre plusieurs décors sont des questions distinctes. Les réunir permet de discuter une histoire de fabrication avec davantage de solidité.
Pour prolonger : Le vert égyptien et la malachite · Couleurs complémentaires avant la lettre ? · Orpiment et réalgar
Sources principales
- S. Pagès-Camagna et S. Colinart, « The Egyptian green pigment: its manufacturing process and links to Egyptian blue », Archaeometry 45, 2003, p. 637–658 (C2RMF/CNRS)
- Philippe Martinez et al., « Hidden mysteries in ancient Egyptian paintings from the Theban Necropolis observed by in-situ XRF mapping », PLOS ONE 18, 2023, e0287647 (LAMS/CNRS et partenaires)