
En 2018, une équipe franco-belge démonte ses instruments, les glisse dans ses bagages et les remonte au pied de la montagne thébaine. Son objectif : analyser les peintures sans prélever la moindre parcelle.
Un programme sur les tombes des serviteurs du roi
Le programme porte sur une quinzaine de chapelles funéraires du Nouvel Empire, situées près du Ramesseum, le « Château de millions d’années » de Ramsès II. Leurs propriétaires avaient travaillé pour l’institution royale : directeur des tisserands, chef des jardins, scribe-décorateur. Ces tombes, souvent datées de l’époque ramesside, avaient été citées mais rarement publiées de manière complète.
Une équipe pluridisciplinaire
La mission associe le Laboratoire d’archéologie moléculaire et structurale (LAMS, Sorbonne Université et CNRS), le Centre européen d’archéométrie de l’université de Liège et le Centre d’études et de documentation sur l’ancienne Égypte, au sein du Conseil suprême des antiquités. Elle s’inscrit dans la Mission archéologique française de Thèbes-Ouest. Elle réunit des chimistes, des physiciens, des restaurateurs, une spécialiste des pratiques picturales et des égyptologues, sous la direction de Philippe Walter et de Philippe Martinez.
Des instruments qui ne touchent pas
Pendant longtemps, l’étude d’une peinture supposait un prélèvement. Les instruments portables permettent aujourd’hui de travailler directement sur la paroi. La spectrométrie de fluorescence des rayons X identifie les éléments chimiques. L’imagerie hyperspectrale mesure la lumière réfléchie sur des centaines de bandes, du visible au proche infrarouge. La photographie infrarouge et ultraviolette, ainsi que le microscope numérique, complètent l’examen.
Documenter pour conserver
En parallèle, l’équipe produit des photographies dites gigapixels, où l’on peut zoomer jusqu’au grain du pigment, et des modèles en trois dimensions obtenus par photogrammétrie. Cette documentation sert à mesurer l’état de conservation, à suivre les dégradations et à imaginer des visites virtuelles de lieux fragiles.
Du terrain à la publication scientifique
Les résultats se construisent en confrontant les mesures aux scènes, aux inscriptions et à l’état de conservation. L’étude publiée en 2023 sur Menna et Nakhtamon offre un exemple de cette démarche : les cartes chimiques mettent en évidence des modifications intervenues pendant l’exécution des peintures. Les méthodes et leurs limites sont exposées avec les observations, pour permettre leur discussion.
Pour prolonger : Voir l’invisible · L’arsenic qui trahit l’atelier · Le Ramesseum · Les tombes des nobles
Sources principales
- CNRS Le journal, « Le laboratoire entre au musée », 2015
- CNRS, « Des secrets des peintres égyptiens révélés par la chimie », communiqué scientifique, juillet 2023
- Philippe Martinez et al., « Hidden mysteries in ancient Egyptian paintings from the Theban Necropolis observed by in-situ XRF mapping », PLOS ONE 18, 2023, e0287647 (LAMS/CNRS et partenaires)