
En 1828, Champollion part enfin en Égypte avec son disciple Ippolito Rosellini. Leurs relevés notent les couleurs sur place et corrigent bien des erreurs des copies antérieures.
Une expédition franco-toscane
Entre juillet 1828 et la fin de 1829, Jean-François Champollion et Ippolito Rosellini remontent le Nil jusqu’en Nubie. L’expédition, financée par la France et par le grand-duc de Toscane, réunit des dessinateurs et des architectes, dont Nestor L’Hôte et Alessandro Ricci, déjà collaborateur de Belzoni. Pour la première fois, ceux qui copient les monuments sont accompagnés d’un savant capable de lire les hiéroglyphes.
Lire pour mieux copier
Cette lecture change tout. Un signe mal compris est mal recopié ; un signe compris est reproduit avec exactitude. Les relevés de l’expédition corrigent ainsi de nombreuses inscriptions de la Description de l’Égypte, dont les dessinateurs ne pouvaient pas savoir ce qu’ils copiaient.
Noter la couleur
Les notices descriptives de Champollion signalent avec soin les couleurs observées. Une stèle du Gebel el-Silsileh montre un roi « peint d’un rouge pourpre sur l’original », un dieu Ammon-Rê colorié de la même nuance et Ptah aux chairs rouges. Plusieurs planches sont dites « coloriées », comme ces figures de divinités du grand temple d’Isis à Philae « reproduites avec toutes les couleurs de la sculpture originale ». D’autres planches rassemblent les « couleurs consacrées » des dieux.
Deux publications
Après la mort de Champollion en 1832, ses dessins et ses notes sont acquis par l’État et publiés sous le titre Monuments de l’Égypte et de la Nubie, en planches puis en notices descriptives. Rosellini publie de son côté I Monumenti dell’Egitto e della Nubia. Ces deux ensembles comptent de nombreuses planches en couleur, plus proches des originaux que celles de la Description.
Les limites d’une génération
Ces relevés restent des œuvres de leur temps. La couleur est encore appliquée à la main sur des gravures, selon des teintes standard. L’expédition elle-même a prélevé des éléments de décor : deux montants de porte de la tombe de Séthi Ier ont été découpés et se trouvent au Louvre et à Florence. Le progrès de l’exactitude n’a pas encore pour corollaire le respect du monument en place.
Pour prolonger : Champollion, l’homme qui a écouté les pierres · Ippolito Rosellini · Copier et abîmer · Couleurs des dieux, couleurs des hommes
Sources principales
- J.-F. Champollion, Monuments de l’Égypte et de la Nubie, planches et notices descriptives (exemplaire numérisé du dossier Visite Égypte)
- Ippolito Rosellini, I Monumenti dell’Egitto e della Nubia, Pise, 1832-1844
- Factum Foundation, Recording fragments from the tomb of Seti I