
Au milieu du XIXe siècle, l’impression en couleurs transforme la diffusion de l’art égyptien. Les planches gagnent en éclat et en nombre, mais imposent à leur tour leurs propres déformations.
Colorier à la main
Dans la Description de l’Égypte comme dans les publications de Champollion et de Rosellini, la couleur est posée à la main sur des gravures imprimées en noir. Chaque exemplaire est donc unique, et les teintes peuvent varier d’un tirage à l’autre selon l’atelier de coloristes. Ce procédé limite aussi le nombre de planches en couleur, coûteuses à produire.
L’arrivée de la chromolithographie
La chromolithographie imprime successivement plusieurs couleurs à partir de pierres lithographiques distinctes, une par teinte. Elle permet de produire en série des planches colorées identiques. Le procédé se répand au milieu du XIXe siècle et sert aux grands recueils d’art égyptien.
Les grandes publications
- Karl Richard Lepsius publie de 1849 à 1859 les Denkmäler aus Aegypten und Aethiopien, fruit de l’expédition prussienne de 1842-1845, en douze volumes de planches.
- Émile Prisse d’Avennes fait paraître à partir de 1858 son Histoire de l’art égyptien d’après les monuments, aux planches chromolithographiées.
- En 1856, l’architecte Owen Jones consacre un chapitre à l’Égypte dans sa Grammar of Ornament, qui diffuse les motifs égyptiens dans les arts décoratifs européens.
De nouvelles déformations
La chromolithographie standardise les couleurs. Elle choisit un nombre limité de teintes et les applique en aplats parfaitement réguliers. Les nuances, les lacunes et l’usure des parois disparaissent. Les bleus et les verts, souvent ravivés, prennent un éclat qui doit plus à l’imprimerie qu’aux pigments anciens. Ces planches ont pourtant façonné durablement l’image d’une Égypte aux couleurs vives et franches.
Lire une planche ancienne
Pour utiliser ces documents, il faut se demander comment la couleur a été produite : coloriage manuel, impression en couleurs ou photographie colorisée. Chaque procédé a ses écarts propres. La comparaison avec les analyses de pigments et avec les photographies actuelles reste indispensable.
Pour prolonger : Karl Richard Lepsius · Les couleurs de la Description de l’Égypte · Champollion et Rosellini
Sources principales
- Karl Richard Lepsius, Denkmäler aus Aegypten und Aethiopien, Berlin, 1849-1859, numérisation de l’université de Halle
- Émile Prisse d’Avennes, Histoire de l’art égyptien d’après les monuments, Paris, 1858-1878
- Owen Jones, The Grammar of Ornament, Londres, 1856