
En quelques mots
Le Ramesseum est le temple de « millions d’années » de Ramsès II, sur la rive occidentale de Thèbes. Son nom moderne vient de Champollion, qui visita le site en 1829 et lut « Ramsès » sur les murs ; les Égyptiens l’appelaient le « château de millions d’années d’Ousermaâtrê-Setepenrê uni à Thèbes dans le domaine d’Amon ». D’après Guy Lecuyot, du CNRS, la construction commença avant la fin de la deuxième année de règne, et le décor fut entrepris à partir de la cinquième année pour s’achever probablement vers l’an 21.
Ce que l’on découvre
Le monument est en ruine, mais sa taille reste imposante : environ 220 m du nord au sud et plus de 280 m d’est en ouest, soit près de six hectares (l’Association pour la sauvegarde du Ramesseum parle d’environ dix hectares). Les deux temples de pierre, en grès de Gebel Silsileh, occupent le centre ; autour, sur trois côtés, s’alignent les annexes en brique crue. Leur plan trapézoïdal irrégulier s’explique, selon Lecuyot, par le respect des fondations d’un petit temple de Séthi Ier et par l’orientation de l’axe vers le temple de Louxor. Dans la seconde cour gisait un colosse dont Belzoni fit expédier la partie haute au consul Salt ; ce buste est aujourd’hui au British Museum.
Son histoire
Deux hauts responsables, Penrê puis Amenemone, dirigèrent le chantier ; Lecuyot rappelle qu’il s’agissait avant tout d’officiers supérieurs, plutôt que d’architectes au sens moderne. Dans l’Antiquité, le lieu fut parfois assimilé au « tombeau d’Osymandyas » décrit par Diodore de Sicile, rapprochement que Champollion défendait et que d’autres savants, comme Letronne ou Mariette, rejetaient. Jollois et Devilliers en donnèrent en 1821 la première étude et les premiers plans dans la Description de l’Égypte. Lepsius dressa en 1844–1845 le plan des parties ruinées du sanctuaire.
Ce qu’il faut regarder
Ce sont les magasins voûtés en brique crue, dont une partie des voûtes subsiste et qui font du Ramesseum un exemple rare de temple à nombreux entrepôts. Dans l’angle nord-ouest, un groupe plus monumental comprenait un trésor flanqué de douze magasins, précédé d’une colonnade de 28 colonnes de pierre ; au fond de la cour, un piédestal marquait la place du trône royal. Sur une architrave de la salle hypostyle, Ramsès II fit inscrire un vœu : que les magasins de vivres soient remplis jusqu’au ciel et le trésor d’or, d’électrum et de pierres précieuses.
Pourquoi ce lieu compte
Le Ramesseum montre qu’un temple de millions d’années était aussi une institution économique. Une lettre du scribe Panehsy, en l’an 24, évoque au moins 48 190 personnes employées par le temple d’Amon, et Lecuyot fournit les provisions prévues pour la fête d’Opet (11 400 pains et gâteaux). Le lieu devint aussi un modèle pour Médinet Habou. Le temple est inscrit avec « Thèbes antique et sa nécropole » depuis 1979, et une mission franco-égyptienne (CNRS, Association pour la sauvegarde du Ramesseum, ministère égyptien des Antiquités) y travaille de longue date. L’identification avec le monument décrit par Diodore reste, elle, discutée.
Sources
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Guy Lecuyot (CNRS), The Ramesseum (Egypt), Recent Archaeological Research ; Association pour la sauvegarde du Ramesseum ; Thèbes antique et sa nécropole, UNESCO, Centre du patrimoine mondial.