Le temple n’était pas beige

Traces de polychromie sur les colonnes du temple d’Esna. Aquarelle créée par IA.
Traces de polychromie sur les colonnes du temple d’Esna. Aquarelle créée par IA.

Colonnes ocre, reliefs nus, pierre dorée par le soleil : notre image des temples égyptiens est celle de leur ruine. À l’origine, ils étaient couverts de couleurs.

Une polychromie disparue

Les reliefs des temples étaient peints, comme ceux des tombes. Les dieux portaient leurs couleurs propres, les hiéroglyphes étaient remplis de bleu, de vert ou de rouge, les plafonds représentaient un ciel bleu semé d’étoiles. Sur les parois extérieures, exposées au soleil, au vent et aux pluies rares mais violentes, cette couleur a presque partout disparu.

Ce qui a effacé les couleurs

Les causes sont multiples : érosion, crues, ensablement, sels remontant dans la pierre. Les usages postérieurs ont aussi joué. Des temples ont servi d’églises, d’habitations ou d’abris ; la fumée des feux a noirci les plafonds. Le nettoyage maladroit de certaines parois a parfois achevé ce que le temps avait commencé.

Des couleurs retrouvées

Depuis une vingtaine d’années, des campagnes de nettoyage ont spectaculairement rendu leurs couleurs à des temples d’époque ptolémaïque et romaine. À Dendara, le dégagement des suies a révélé les plafonds du temple d’Hathor. À Esna, une équipe égypto-allemande a fait réapparaître, à partir de 2018, les couleurs du plafond et des colonnes du temple de Khnum. Sous la couche noire, les bleus et les ocres étaient restés vifs.

Les fouilles fournissent aussi des indices directs. À Karnak, une palette d’atelier retrouvée dans les temples, avec son pilon et ses coquillages-godets, montre les couleurs préparées par les peintres.

Rendre la couleur sans repeindre

Faut-il repeindre les temples ? Les règles de la conservation l’excluent : on ne restitue pas une couleur que l’on ne peut prouver. La lumière offre une solution réversible. En 2015, le Metropolitan Museum de New York a projeté sur un relief du temple de Dendour, offert par l’Égypte après la campagne de Nubie, les couleurs restituées à partir des traces conservées et de comparaisons avec d’autres temples. La pierre reste intacte ; la couleur se lit le temps d’une projection.

Corriger notre regard

Savoir que les temples étaient colorés change la façon de les visiter. La pierre nue n’est pas l’état voulu par les bâtisseurs. Elle est le résultat d’une histoire, et chaque trace de couleur conservée devient un document.

Pour prolonger : Esna, temple de Khnum · Dendara, temple d’Hathor · La campagne de Nubie · Relief en saillie, relief en creux

Sources principales

Arts et savoirs