
En quelques mots
Dendérah, l’égyptienne Iounet, la Tentyris des Grecs, se trouve en Haute-Égypte, dans la région de Qena. Son grand temple d’Hathor fut entrepris en juillet 54 av. J.-C., sous Ptolémée XII, et compte parmi les derniers grands sanctuaires bâtis selon la tradition pharaonique. Le chantier se poursuivit sous Cléopâtre VII, puis sous les empereurs romains : d’Octave à Marc Aurèle, presque tous ont laissé leur cartouche sur ses murs. La ville, capitale du VIe nome de Haute-Égypte à l’époque ptolémaïque, portait aussi le nom d’« Héliopolis de la Déesse ».
Ce que l’on découvre
On entre dans le domaine sacré par une porte monumentale d’époque romaine, ouverte dans une enceinte de briques crues attribuée à Domitien. Au centre se dresse le temple, dont le naos et le pronaos sont presque intacts, toiture comprise. Les colonnes du pronaos, vingt-quatre au total, portent des chapiteaux hathoriques : un visage de jeune femme aux oreilles de vache, coiffé d’une façade en forme de sistre, l’instrument de musique associé à la déesse. Cette salle fut décorée sous Tibère, vers 34 apr. J.-C. Au-delà s’enchaînent plus d’une cinquantaine de pièces réparties sur plusieurs niveaux : salles obscures consacrées au culte et aux fêtes, cryptes, escaliers ménagés dans la maçonnerie et chapelles bâties sur le toit.
Autour du temple, l’enceinte réunit un lac sacré, deux mammisis, l’un ptolémaïque et l’autre romain, ainsi que les vestiges d’une église de plan basilical, que l’on date en première analyse du VIe siècle.
Ce qu’il faut regarder
Le plafond du pronaos mérite qu’on lève la tête : la déesse du ciel Nout y avale le soleil le soir et lui redonne naissance au matin. Dans les escaliers, les parois montrent la procession qui portait la statue d’Hathor jusqu’au toit pour la fête du Nouvel An, la plus importante de l’année, quand un rite d’« union au disque » solaire se déroulait dans un pavillon de la terrasse.
Sur cette terrasse, deux ensembles de chapelles sont dédiés à Osiris. Le plafond de la chapelle est portait le célèbre zodiaque, un relief de grès d’environ 2,5 mètres de côté où la voûte céleste, avec ses constellations et ses décans, est soutenue par quatre figures féminines aux bras levés. Détaché en 1821 et acheté par Louis XVIII en 1822, l’original est au Louvre ; une copie a pris sa place. Au revers du temple, sur le mur extérieur, un grand relief représente Cléopâtre VII accompagnée de Césarion, son fils né de Jules César. Enfin, dans la chapelle de la déesse, au fond du sanctuaire, figure le cartouche de Pépi Ier : les textes du temple revendiquent ainsi une filiation avec l’Ancien Empire.
Son histoire
Le temple visible n’est que le dernier d’une longue série. Des sondages ont révélé une occupation dès l’époque de Nagada II (3400–3200 av. J.-C.), et la ville était déjà une capitale régionale sous Khéops, à la IVe dynastie. Les parois de calcaire d’une chapelle de Montouhotep II, reprise par Mérenptah, sont exposées au Musée égyptien du Caire. Chaque année, lors de la fête de la « Bonne Réunion », la statue d’Hathor gagnait Edfou pour y rejoindre Horus.
Le programme ne fut jamais achevé : le pylône et la cour qui devaient précéder le pronaos sont restés au niveau des fondations. Longtemps, les fouilles se sont limitées à la nécropole, avec William Flinders Petrie en 1898 puis Clarence Stanley Fisher de 1915 à 1918, tandis que l’Institut français d’archéologie orientale publiait les inscriptions, d’Émile Chassinat à Sylvie Cauville. Bien des questions restent ouvertes : un second domaine sacré, situé à plus de 400 mètres à l’ouest et probablement consacré à Horus d’Edfou, n’a jamais été fouillé, et l’étude des quartiers d’habitation n’a commencé que récemment.
Sources
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Dendara, architecture et archéologie d’un sanctuaire de Haute-Égypte, Institut français d’archéologie orientale ; Temples pharaoniques de Haute-Égypte des périodes ptolémaïque et romaine, liste indicative, UNESCO ; Zodiaque de Dendéra (E 13482), musée du Louvre.