Saqqarah et Dahchour, là où tout a commencé

Saqqarah : la pyramide à degrés de Djoser
Saqqarah : la pyramide à degrés de Djoser. © L’Égypte, voyage au fil du Nil.

Après Gizeh, je remonte vers les premières pyramides. À Saqqarah, il faut imaginer ce qui manque ; à Dahchour, Ali m’attend pendant que je m’engage seul dans un couloir obscur.

Memphis sous les palmes

À Memphis, je cherche une capitale et trouve une palmeraie. Un colosse de Ramsès II couché dans un musée, un sphinx d’albâtre : les vestiges donnent peu de prises pour imaginer la première capitale de l’Égypte unifiée. Autour, la vie agricole est bien présente. Les dattes ont leur réputation de douceur ; les ruines servent même à gauler les fruits. Je quitte Memphis avec le sentiment que la ville ancienne est plus difficile à retrouver qu’une pyramide.

L’ancêtre des pyramides

À Saqqarah, sur le plateau aride qui domine la vallée, les six gradins de Djoser me rendent une forme lisible. Imhotep les a conçus vers 2650 avant notre ère. Après Gizeh, je regarde cette pyramide comme une étape vers les silhouettes que j’ai déjà vues. Mais l’invention est déjà immense : bâtir à cette échelle en pierre taillée, quand la brique crue, le bois et le roseau étaient les matériaux habituels. Les six degrés ne paraissent plus aussi simples.

Autour d’eux, il faut de nouveau retrouver un ensemble dans ce que le sable et les hommes ont laissé. Jean-Philippe Lauer y a consacré sa vie, relevant les colonnes et les murs du complexe de Djoser. Je pense aussi à Auguste Mariette découvrant le Sérapéum en 1851, aux sarcophages colossaux des taureaux Apis, à la statue du roi retrouvée dans son serdab, cette petite chambre close. Plus tard, Alain Zivie a rouvert des tombes de dignitaires dans la falaise du Bubasteion, avec une nécropole de chats momifiés. Les noms s’accumulent comme les siècles : Ounas, Téti, Pépy Ier, Pépy II. Dans la pyramide d’Ounas figurent les plus anciens Textes des Pyramides. Je pourrais rester longtemps à essayer de relier tout cela ; Ali attend, et Dahchour m’attire.

Dahchour : la pyramide rhomboïdale de Snéfrou
Dahchour : la pyramide rhomboïdale de Snéfrou. © L’Égypte, voyage au fil du Nil.

Ali a le sourire

Je lui annonce la suite du trajet. Ali a le sourire des bons jours : une vingtaine de kilomètres de plus pour son taxi, dont le compteur en affiche déjà beaucoup. Longtemps zone militaire, Dahchour n’est ouvert au public que depuis 1996. Au moment de mon voyage, le lieu reste assez peu connu pour que nous y trouvions une tranquillité bienvenue.

Devant la pyramide rhomboïdale, je recule pour mieux voir la cassure. À mi-hauteur, la pente passe d’environ cinquante-quatre à quarante-trois degrés. Problème de stabilité, changement de plan ? Les égyptologues en débattent encore. Le parement de calcaire poli a largement subsisté, et le changement d’angle se lit nettement. Plus loin, la pyramide rouge offre une silhouette plus régulière. Snéfrou, premier roi de la IVe dynastie et père de Khéops, a voulu les deux. Entre Saqqarah et Gizeh, le chemin vers la pyramide à faces lisses commence à prendre forme sous mes yeux.

Seul face au trou noir

Je profite du calme pour entrer dans la pyramide rouge. Il faut d’abord monter une bonne centaine de marches en plein soleil. À l’entrée, le gardien m’indique la suite : des marches encore, mais vers le bas. Puis il retourne tranquillement à la lumière. Me voici seul devant le trou noir. La première ampoule est loin ; j’avance vers sa lueur, puis vers des voix. Un second gardien m’accueille et raconte ce qu’il sait des hautes chambres voûtées en encorbellement. Ont-elles abrité le roi ? Rien n’est certain. Le lieu me paraît d’autant plus énigmatique. Pour conclure, il me recommande le Musée égyptien : « Là, vous aurez toutes les richesses de l’Égypte, et bien plus encore. » Après ce couloir, la promesse des vitrines a quelque chose de rassurant.

Épuisé mais heureux

Au musée, la promesse est largement tenue. Momies, statues, sarcophages : les richesses se pressent dans les salles, et ma tête recommence à tourner. La collection, commencée par Mariette en 1858 et enrichie par Maspero et ses successeurs, compte des dizaines de milliers de pièces exposées, davantage encore en réserve. Je renonce bientôt à suivre un parcours savant. Comme sur les sites, je marche au coup de foudre, m’arrête devant une œuvre, en laisse passer une autre. Je sors épuisé, mais heureux. Après tant de kilomètres, de temples et d’escaliers, je devrais peut-être m’accorder une pause. J’y retourne demain.

Aujourd’hui : la pyramide rhomboïdale se visite à l’intérieur depuis 2019. Le Musée égyptien de la place Tahrir reste ouvert, mais le trésor de Toutânkhamon a rejoint le Grand Musée égyptien de Gizeh. Le voyage peut désormais s’y terminer, ou y commencer.

Le Caire, Musée égyptien : statuettes dorées du trésor de Toutânkhamon
Le Caire, Musée égyptien : statuettes dorées du trésor de Toutânkhamon. © L’Égypte, voyage au fil du Nil.

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