Gizeh, l’entrée n’était pas là

Des ouvriers dégagent les éboulis au pied de la pyramide de Khéphren.
À la recherche de l’entrée de Khéphren, 1818. Aquarelle interprétative créée avec l’IA. © Visite Égypte.

Dans les pas de Giovanni Battista Belzoni · 1818. Récit adapté du témoignage du voyageur.

Mes compagnons sont entrés dans la grande pyramide. Je reste dehors, à tourner autour de la seconde. Tout le monde ou presque a renoncé à en trouver l'entrée. À l'ombre des pierres d'un ancien temple, je recommence à y penser.

La mauvaise ouverture

Je regarde le nord, les matériaux tombés du parement, leur disposition au pied de la façade. À certains endroits, l'amas me paraît moins compact. Ces différences suffisent à me décider. Elles ne suffisent pas encore à me donner raison.

Les premiers travaux avancent péniblement. Les outils souffrent, les ouvriers se fatiguent. Puis l'un d'eux remarque une fissure entre deux pierres. Une perche s'y enfonce ; nous dégageons une ouverture. L'espoir revient avec une facilité qui devrait me rendre prudent.

Le passage est irrégulier, encombré, dangereux. Quelqu'un a déjà tenté de pénétrer par là en forçant la maçonnerie. Un bloc tombe de la voûte et reste suspendu au-dessus d'un ouvrier, heureusement retenu par deux saillies. Nous le retirons avec peine. Il faut arrêter : continuer risquerait de fermer la retraite à tout le monde.

Me voici donc revenu devant la pyramide, après beaucoup de travail, sans l'entrée que je cherchais.

Reprendre les mesures

Je donne une journée de repos aux hommes et retourne examiner la première pyramide. Son entrée n'est pas exactement au milieu de la façade. Le passage aboutit sur un côté de la chambre centrale ; il est décalé en conséquence. Pourquoi ai-je cherché celui de la seconde au centre avec tant d'assurance ?

Je reporte cette observation sur notre chantier. Plus à l'est, le terrain présente des indices semblables à ceux qui m'avaient encouragé la première fois. Nous recommençons.

Cette fois apparaissent des blocs de granit inclinés. Le 2 mars, nous atteignons la véritable entrée. Le chevalier Frediani, que j'ai prié de retarder son départ, est encore là. Je suis heureux d'avoir pu lui offrir mieux qu'un chantier incertain.

Une paille derrière la dalle

Il reste un corridor à vider, puis une dalle qui le bouche. Dans une ouverture au-dessus de la pierre, je glisse une longue paille d'orge. Elle s'enfonce : il y a de l'espace derrière.

Les leviers sont difficiles à manœuvrer dans ce passage étroit. Nous soulevons la dalle juste assez pour qu'un homme se glisse dessous avec une chandelle. Il revient annoncer une belle chambre. Quand l'ouverture me laisse enfin passer, je le suis.

À la lueur de ma torche, je cherche le sarcophage. Je ne le vois pas d'abord ; il est encastré dans le sol. Son couvercle est brisé. D'autres sont donc venus avant nous. Après trente jours de travaux, cette ancienne visite ne diminue pas mon plaisir d'être arrivé jusque-là.