Au coeur du tombeau de Qar (ou Meryrenefer)

Piliers et architrave couverts de hiéroglyphes devant les statues taillées dans la roche de la tombe de Qar, à Gizeh.
La chambre à piliers de la tombe de Qar (G 7101), dans la nécropole orientale de Gizeh.

Le soleil de Gizeh écrase le plateau de sa lumière blanche, mais à quelques pas de la grande pyramide de Khéops, c’est un autre voyage qui m’attend. J’ai décidé de partir à la découverte du mastaba G 7101.

Fort de mon laissez-passer qui m’a été fourni par le ministère du tourisme et qui me permet de me promener partout seul, je me sens tel un aventurier partant à la découverte des tombes moins connues du plateau de Gizeh. Pour atteindre le tombeau de Qar (mastaba G 7101), depuis le flanc oriental de la gigantesque pyramide de Khéops, je m’éloigne des sentiers battus. D’abord, je traverse les vestiges discrets du temple funéraire de Khéops. Sous mes pas, les restes des dalles de basalte noir polies par le temps et le sable qui témoignent encore de la splendeur des rituels qui s’y déroulaient jadis. En poursuivant ma marche vers l’est, à travers ce dédale de pierres, je longe la silhouette plus modeste et abimée par le temps de la pyramide d’Hétep-Hérés Ier, la mère de Khéops. Cette sentinelle solitaire semble veiller sur l’intimité de son fils et loin des regards pressés des touristes. C’est juste là, au coeur de cette nécropole de l’Est et qui semble flotter dans l’ombre des géants, que s’ouvre la terre. Je suis arrivé.

Un nouveau voyage vertical, loin du tumulte des flux touristiques. Je m’apprête à descendre dans le mastaba de Qar, ce haut dignitaire de la VIe dynastie qui veillait sur les secrets du palais il y a plus de quatre mille ans.

Devant moi, un escalier abrupt s’enfonce directement dans la roche calcaire. À mesure que je descends les marches taillées dans le sol, la chaleur étouffante du désert cède la place à une fraîcheur soudaine, presque sacrée. L’air se raréfie, chargé d’une odeur de pierre séculaire et de poussière d’histoire.

Au bas des marches, après avoir franchi un étroit passage, je débouche dans la chambre à piliers. C’est le choc visuel. Les projecteurs au sol dessinent des ombres mouvantes sur les parois de la roche dorée. Face à moi, gravées à même le roc, des silhouettes s’extraient littéralement de la pierre. Ce sont les statues en haut-relief de Qar, représenté à différents âges de sa vie. Le travail des artisans de l’Ancien Empire est d’une précision troublante : les pagnes plissés semblent presque vibrer sous la lumière rasante, et les regards de pierre fixent l’éternité, par-delà les millénaires.

En levant les yeux, je reste fasciné par l’architrave qui surmonte les piliers. Elle est entièrement recouverte de lignes de hiéroglyphes d’une finesse incroyable, racontant les titres de Qar, ses offrandes et ses prières pour l’au-delà. Seul au fond de cette crypte, le silence est total. On oublie instantanément que la surface fourmille de monde. On n’est plus un simple visiteur, on devient le témoin privilégié d’une dévotion intemporelle.

Je passe de longues minutes à observer les scènes de la vie quotidienne gravées sur les murs adjacents, avant de remonter lentement vers la lumière aveuglante du XXIe siècle, avec la sensation étrange et grisante d’avoir partagé, le temps d’un instant, l’intimité d’un grand d’Égypte.

En savoir plus

  1. La publication archéologique officielle (MFA Boston) : The Mastabas of Qar and Idu — Digital Giza.
  2. La base de données et visite 3D de l’Université Harvard : The Tomb of Qar (G 7101) — Digital Giza / Mused.
  3. Les relevés de plans archéologiques originaux : G 7101, Plan — Digital Giza.