Tebtynis, temple de Sobek et village

Illustration du site Tebtynis, temple de Sobek et village
Illustration créée pour Visite Égypte. Évocation du site ; elle ne documente pas l’état exact d’un secteur fouillé.

En quelques mots

Tebtynis, l’égyptien Tp-dbn, est aujourd’hui un vaste monticule de ruines appelé kôm Umm el-Breigât, en bordure sud du Fayoum, à environ 170 kilomètres au sud-ouest du Caire. Le village, dont l’IFAO place la fondation vers 1800 av. J.-C., au temps où les rois de la XIIe dynastie mettaient en valeur la dépression, resta pendant des siècles le principal centre du sud de l’oasis. Son grand sanctuaire était celui de Soknebtynis, forme locale du dieu crocodile Sobek. Chassés par l’avancée du désert, les derniers habitants partirent au XIIe siècle apr. J.-C. et fondèrent à 6 kilomètres au nord un nouveau village, qui porte encore le nom de l’ancien : Tutun.

Ce que l’on découvre

Le site ne se présente pas comme un temple dressé au bord du désert, mais comme une ville de briques crues, arasée et creusée. Au début du XXe siècle, les chercheurs de papyrus puis les fouilleurs de sebakh, la terre azotée employée comme engrais, ont retourné de très vastes secteurs. La mission franco-italienne de l’IFAO et de l’université de Milan, installée sur le kôm depuis octobre 1988, a pourtant retrouvé des zones intactes : des quartiers ptolémaïques jusque-là inconnus, un grand entrepôt de céréales du IIe siècle av. J.-C., des bains publics, deux grandes boulangeries des IVe et Ve siècles apr. J.-C., une chapelle de Thermouthis et un poste de la police du désert. Près de 10 000 textes sur papyrus et tessons, en égyptien, grec, araméen, copte et arabe, y ont été recueillis.

Ce qu’il faut regarder

L’axe du lieu est l’allée sacrée, le dromos, qui conduit au temple de Soknebtynis dégagé par la mission italienne de Carlo Anti entre 1931 et 1934. L’étude de Vincent Rondot a montré que cette voie avait été conçue pour la procession de la momie du crocodile sacré. Le temple lui-même réserve une surprise : le sanctuaire fouillé dans les années 1930, longtemps cru du début de l’époque ptolémaïque, date en réalité du Ier siècle av. J.-C. ; sous ses vestiges, la mission actuelle a retrouvé le premier temple, élevé sous Ptolémée Ier. Deux états d’un même lieu de culte se superposent donc au même emplacement.

Le second détail tient aux crocodiles. Le 16 janvier 1900, les ouvriers de Bernard Grenfell et Arthur Hunt atteignirent, en bordure de la nécropole humaine, un cimetière de crocodiles momifiés. L’un d’eux, brisé par un ouvrier, se révéla enveloppé de feuilles de papyrus. Sur plus d’un millier d’animaux exhumés, 31 contenaient ainsi des papyrus de remploi.

Son histoire

Grenfell et Hunt fouillèrent en 1899–1900 pour l’université de Californie, grâce au financement de Phoebe Apperson Hearst ; leurs papyrus sont conservés à la Bancroft Library de Berkeley. Evaristo Breccia travailla quatre semaines sur le site en 1929 pour l’université de Florence, puis Carlo Anti et Gilberto Bagnani, à la tête de la mission archéologique royale italienne, le fouillèrent de 1930 à 1936 : outre le temple, ils repérèrent en 1933 un couvent et une église couverte de fresques et découvrirent en 1931 deux caves remplies de papyrus. Après leur départ, le site resta cinquante ans sans archéologues et livré aux fouilleurs d’engrais.

Bien des questions demeurent. Les premières phases du village restent mal connues, et l’organisation des différents sanctuaires, dont les crocodiles consacrés au dieu, continue d’être précisée à chaque campagne.

Sources

Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Tebtynis, une ville gréco-romaine au sud du Fayoum, Institut français d’archéologie orientale ; History of the Tebtunis Papyri Collection, Bancroft Library, université de Californie à Berkeley ; Vincent Rondot, Tebtynis II. Le temple de Soknebtynis et son dromos, Institut français d’archéologie orientale, 2004.