
Identification et localisation
Iounou, l’Héliopolis des Grecs, correspond aux quartiers d’Aïn Chams, de Matariya et de Tell el-Hisn, dans l’agglomération du Caire. La ville occupait un carrefour : les routes est-ouest venant d’Asie et du Sinaï y croisaient l’axe nord-sud du Nil, et un canal la reliait sans doute rapidement à la région memphite. L’ensemble sacré couvrait environ un kilomètre carré, entouré de murs pouvant atteindre 17 mètres d’épaisseur et 10 mètres de hauteur ; la surface actuellement ouverte à la fouille mesure environ 300 mètres sur 400.
Une occupation antérieure aux pharaons
Des forages et une prospection géophysique ont repéré de la céramique de la culture de Bouto-Maadi à 300 ou 400 mètres à l’ouest de l’obélisque, sur une levée sableuse d’âge pléistocène qui formait une île haute d’environ 5,5 mètres. Au nord-ouest du Gebel el-Ahmar, une nécropole de 63 tombes de l’époque de Nagada II a été publiée par Fernando Debono et Étienne Drioton.
Atoum, Rê et la question des origines
L’ancienneté du culte solaire repose souvent sur les fragments en calcaire d’un naos au nom de Netjerykhet (Djéser), trouvés en 1903 par Ernesto Schiaparelli et conservés au Museo Egizio de Turin (S 2671) ; on y reconnaît les dieux Geb et Seth trônant et la fin du nom royal inscrit dans le serekh. Leur contexte de découverte reste mal connu. Le plus ancien objet qui atteste directement le culte solaire est un fragment d’obélisque en quartzite portant le protocole complet de Téti, trouvé avec un linteau au nom du même roi. Pour Wolfgang Helck, suivi par Dietrich Raue, le site paraît lié à Atoum et à l’Ennéade pendant l’essentiel de l’Ancien Empire ; le rapport explicite entre Rê et Héliopolis n’apparaît qu’au tournant des Ve et VIe dynasties.
Le téménos et l’obélisque de Sésostris Ier
Le vestige topographique majeur est un vaste téménos de briques crues, doublé d’une grande enceinte. Sa date est débattue : premières dynasties, début de la XIIe dynastie (Quirke), époque hyksôs (Petrie), époque saïte (Baud), fin de l’époque saïte à XXXe dynastie (Raue) ; en l’état, rien ne permet de la placer avant l’époque saïte. L’obélisque de Sésostris Ier, haut de 20,41 mètres, fut érigé pour la fête-sed du roi, probablement en paire et avec un temple de Rê-Horakhty ; le sol moderne dépasse sa base d’environ 3,3 mètres. Dieter Arnold en a déduit que le temple s’insérait dans un kôm déjà existant.
De Schiaparelli à la mission égypto-allemande
Après quelques travaux au XIXe siècle, la mission du musée de Turin dirigée par Schiaparelli travailla sur le site de 1903 à 1906. William Flinders Petrie en dressa en 1912 le premier plan fiable, et Herbert Ricke étudia le téménos. Au début des années 1990, le Service des antiquités dégagea au nord-est de l’obélisque la base du téménos, longée d’un mur de calcaire construit avec des blocs de mastabas détruits. Depuis 2012, le projet Heliopolis, dirigé par Dietrich Raue (Université de Leipzig) et Aiman Ashmawy (ministère du Tourisme et des Antiquités), avec i3mainz et le soutien de la Deutsche Forschungsgemeinschaft, fouille le temple : campagnes de 2012 à 2019, puis de 2021 à 2023 et programme 2024–2026. En mars 2017, la mission a mis au jour la tête et le buste d’une statue colossale inscrite de Psammétique Ier, puis plusieurs milliers de fragments.
Un sanctuaire sous la ville
Les recherches portent sur la phase du IVe siècle av. J.-C., sur le déclin du temple, dont le patronage royal cesse au IIIe siècle av. J.-C., et sur le remploi de ses monuments. La remontée de la nappe phréatique, les décharges et l’urbanisation, y compris des occupations illégales de terrain, menacent les couches encore en place.
Sources principales
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Massimiliano Nuzzolo et Jaromír Krejčí, « Heliopolis and the Solar Cult in the Third Millennium BC », Ägypten und Levante 27, 2017 ; Ausgrabungen in Heliopolis, Institut d’égyptologie de l’Université de Leipzig ; The cult center of the sun god in Heliopolis, i3mainz, Hochschule Mainz.