Nilomètre de l’île de Roda

Illustration du site Nilomètre de l’île de Roda
Nilomètre de l’île de Roda. Illustration numérique. © DR, Visite Égypte.

En quelques mots

À la pointe sud de l’île de Roda, face à l’ancienne Fustat, un pavillon à toit conique abrite l’un des plus vieux instruments de mesure du Nil encore en place. Le nilomètre servait à suivre la montée de la crue : de sa hauteur dépendaient la préparation des digues et des canaux, les récoltes et donc le niveau de l’impôt. L’édifice actuel date de 247 de l’Hégire (861 apr. J.-C.), sous le calife abbasside al-Mutawakkil. Pour le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités, c’est le plus ancien bâtiment postérieur à la conquête arabe (640) qui subsiste dans sa forme d’origine.

Ce que l’on découvre

Sous la toiture, le sol s’ouvre sur un puits profond revêtu de pierre, rectangulaire dans sa partie haute et circulaire à sa base. Un escalier descend le long des parois jusqu’au fond. Au centre se dresse une colonne octogonale de marbre, graduée en coudées : à mesure que l’eau du fleuve pénétrait dans le puits par des conduits, son niveau se lisait sur ces marques. L’ensemble ne ressemble ni à une mosquée ni à un palais ; c’est un ouvrage technique, dont la beauté tient à la rigueur de sa construction.

Ce qu’il faut regarder

Le regard doit se porter sur les parois du puits. Elles portent des versets du Coran consacrés à l’eau, à la végétation et à la prospérité, gravés en écriture coufique. Selon la notice du musée virtuel Discover Islamic Art, ces inscriptions forment la plus ancienne inscription arabe datée connue en Égypte. Un récit rapporté par le biographe Ibn Khallikân et étudié par l’historien Gaston Wiet attribue le choix des versets au constructeur lui-même, sur ordre du calife, qui voulait aussi y voir figurer son nom. Il faut aussi observer, sur le côté est, les trois bouches en arc brisé par lesquelles l’eau arrivait des tunnels.

Son histoire

Le monument de 861 n’est pas le premier nilomètre de l’île. Gaston Wiet rappelle qu’un nilomètre y fut fondé en 96 de l’Hégire (714), réparé un siècle plus tard, puis restauré à deux reprises sous al-Mutawakkil ; l’ouvrage conservé correspond à la seconde intervention. En 259 de l’Hégire (873), Ahmad ibn Touloun, le bâtisseur de la grande mosquée d’al-Qataï, le fit à son tour restaurer. Fatimides, Mamelouks et Ottomans l’entretinrent ensuite. La lecture de la crue donnait lieu chaque année à une fête de sept jours, célébrée du Moyen Âge jusqu’à la fin du XIXe siècle en présence du souverain et de ses dignitaires.

La coupole mamelouke qui coiffait le puits a été remplacée en 1925 par l’actuelle toiture conique couverte de plomb. Le monument ne mesure plus rien depuis longtemps, et plusieurs points restent débattus, en particulier l’identité exacte de l’ingénieur de 861 et la valeur de la coudée employée pour graduer la colonne.

Sources

Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Rawda Island Nilometer, ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités ; Tarek Torky, « Nilometer », Discover Islamic Art, Museum With No Frontiers ; Gaston Wiet, « Une restauration du Nilomètre de l’île de Rawda sous Mutawakkil (247/861) », Comptes rendus de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, 1924, Persée.