Philadelphie, village et nécropole

Illustration du site Philadelphie, village et nécropole
Illustration créée pour Visite Égypte. Évocation du site ; elle ne documente pas l’état exact d’un secteur fouillé.

En quelques mots

Philadelphie occupe l’angle nord-est du Fayoum, dans la partie ouest du Kôm el-Kharaba el-Kébir, près du bourg de Girza. Elle appartient à la série de fondations établies sous les premiers Ptolémées le long d’un nouveau réseau d’irrigation, et son nom honore la reine Arsinoé II Philadelphe. Administrée comme un village aux époques hellénistique et romaine, elle tomba dans l’oubli vers le début du Ve siècle apr. J.-C. Sa renommée tient d’abord aux papyrus, en particulier aux archives de Zénon, qui éclairent en détail la gestion d’un grand domaine au IIIe siècle av. J.-C.

Ce que l’on découvre

Le site s’étend sur environ 2 kilomètres du nord au sud et 1,5 kilomètre d’est en ouest, entre le canal moderne du Bahr Wahbi à l’ouest et des collines désertiques au sud-est. La route de Girza le coupe en deux zones ; au sud, des cimetières modernes empiètent sur l’ancien habitat. Le regard ne rencontre ni temple ni murs dressés : le village a été fortement arasé par les fouilleurs de sebakh et les chercheurs d’antiquités, et son plan se lit surtout au ras du sol. Les campagnes récentes ont pourtant dégagé les fondations en calcaire d’un bâtiment de fonction inconnue, les restes d’un grenier probable, de bains romains et de caves de maisons, ainsi que des quartiers d’artisans signalés par leurs fours.

Ce qu’il faut regarder

Le détail le plus parlant est la géométrie. Dans la zone sud, des tranchées de fondation creusées dans la roche suivent strictement les axes nord-sud et est-ouest : elles confirment le plan orthogonal esquissé en 1924 par Ludwig Borchardt et visible sur une vue aérienne de la Royal Air Force prise en 1925. Ce quadrillage est la signature d’une ville créée d’un seul geste par l’administration lagide.

Le second détail est artisanal : une batterie de deux fours, datée de la seconde moitié du IIIe siècle av. J.-C. par la céramique qui l’accompagnait, a livré de la pâte crue. C’est la plus ancienne attestation connue d’une production, dans le Fayoum, d’amphores imitant le style rhodien.

Son histoire

Le village doit sa célébrité à des fouilles clandestines : au tournant du XXe siècle, des centaines de papyrus grecs sortis du kôm gagnèrent le marché des antiquités. La seule opération archéologique ancienne fut conduite en 1908–1909 par Paul Viereck et Friedrich Zucker pour les musées de Berlin. Depuis 2015, une mission associant l’IFAO et l’Académie autrichienne des sciences étudie l’urbanisme, le système hydraulique et les voies de communication du village.

La nécropole pose d’autres questions. Au XIXe siècle, des centaines de portraits de momies, dits d’Er-Rubayyât, furent exportés par le marchand viennois Theodor Graf, sans contexte de fouille ; leur rattachement à Philadelphie est aujourd’hui discuté. Une mission égyptienne a depuis identifié dans la nécropole des phases d’occupation allant du IIIe siècle av. J.-C. au IVe siècle apr. J.-C. et retrouvé un portrait complet en place, qui aide à dater les portraits dispersés dans les musées.

Sources

Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Philadelphie, Institut français d’archéologie orientale ; Basem Gehad, Lorelei H. Corcoran et al., « Newly Discovered Mummy Portraits from the Necropolis of Ancient Philadelphia, Fayum », BIFAO 122, 2022 ; Judith Barr, « From All Sides: The APPEAR Project and Mummy Portrait Provenance », J. Paul Getty Museum, 2020.