Biahmu, vestiges des colosses d’Amenemhat III

Illustration du site Biahmu, vestiges des colosses d’Amenemhat III
Illustration créée pour Visite Égypte. Évocation du site ; elle ne documente pas l’état exact d’un secteur fouillé.

En quelques mots

Biahmu se trouve dans la plaine cultivée du Fayoum, à environ six kilomètres au nord de Médinet el-Fayoum, l’ancienne Shedet. Deux masses de maçonnerie ruinées y furent longtemps prises pour des pyramides ; les habitants les nommaient, selon Petrie, Kursi Faraun, le « trône de Pharaon ». Les fouilles menées par Flinders Petrie en 1888 ont montré qu’il s’agissait des piédestaux de deux statues colossales d’Amenemhat III, roi de la XIIe dynastie, taillées chacune dans un monolithe de quartzite et placées au centre d’une cour fermée par un mur.

Ce que l’on découvre

Les deux piédestaux, distants d’une soixantaine de mètres, sont orientés dans la même direction. Ils sont bâtis en calcaire brunâtre, avec des faces dressées sur tous les côtés, ce qui prouve qu’ils n’appartenaient pas à une construction plus vaste. Autour de chacun subsistent les restes du mur de la cour, et, sur le sol, des éclats de calcaire blanc fin qui proviennent sans doute du dallage détruit. Entre les deux monuments passait, en 1888 comme dans l’Antiquité selon Petrie, la route qui menait des rives du lac à la capitale de la province : les colosses gardaient cette voie d’accès, à la manière des statues qui encadrent l’entrée d’un temple.

Ce qu’il faut regarder

L’intérêt de Biahmu tient à ses fragments. La plupart sont restés sur place ; quelques-uns sont conservés à l’Ashmolean Museum d’Oxford. Petrie les examina un à un pour restituer les statues. Le nez du colosse occidental, retrouvé à la surface du sol, prouve qu’il s’agissait d’une figure humaine et non d’un sphinx ; des morceaux de draperie et de trône montrent un roi assis. Les côtés du trône portaient le motif de l’union des Deux Terres et des figures de génies du Nil, et la base était ornée d’une procession de personnifications des provinces apportant des offrandes, tournées vers le nord. Des fragments de granit rouge appartenaient sans doute à la porte de l’une des cours, et un fragment d’inscription au nom d’Amenemhat III évoque la restauration d’ouvrages endommagés.

À partir de ces éléments, Petrie estima que chaque statue assise atteignait environ 10,7 mètres et que l’ensemble, piédestal compris, s’élevait à près de 18 mètres. Ces chiffres sont des restitutions calculées par comparaison avec d’autres statues, non des mesures.

Son histoire

Au Ve siècle av. J.-C., Hérodote décrivit deux pyramides émergeant de l’eau et portant chacune une statue de pierre assise sur un trône. Petrie expliquait cette image par une visite pendant la crue et une observation lointaine, depuis la capitale de la province. Il pensait aussi que les colosses se dressaient à l’angle d’une digue dominant le lac, mais que l’eau ne les avait jamais baignés : aucune trace de limon ne marquait les pierres hautes. Cette lecture du paysage ancien reste discutée, car le niveau du lac a beaucoup varié.

Les colosses s’inscrivent dans l’œuvre d’Amenemhat III au Fayoum, qui comprend aussi sa pyramide de Hawara, le temple de Médinet Madi et des travaux à Shedet. On ignore quand les statues furent abattues ; Petrie observa seulement, au pied du piédestal oriental, deux fosses creusées lors de leur destruction et comblées de débris de quartzite.

Sources

Sources (consultées le 30 septembre 2026) : W. M. Flinders Petrie, Hawara, Biahmu, and Arsinoe, Londres, Field and Tuer, 1889 (numérisation Internet Archive) ; Site index : Biahmu, Digital Egypt for Universities, University College London ; Amenemhat III, Digital Egypt for Universities, University College London.