
Identification et localisation
Tebtynis (égyptien Tp-dbn, grec Tebtynis ou Teptynis) correspond au kôm Umm el-Breigât, en bordure sud du Fayoum, à environ 170 kilomètres au sud-ouest du Caire. Selon l’IFAO, le village fut fondé vers 1800 av. J.-C., lorsque les rois de la XIIe dynastie entreprirent de bonifier la dépression ; il demeura le principal centre du sud de l’oasis jusqu’à son abandon au XIIe siècle apr. J.-C. Ses derniers habitants fondèrent alors, à 6 kilomètres au nord, un village qui en reprit le nom, Touton en copte, Ṭuṭūn en arabe. La documentation textuelle et archéologique rassemblée couvre en détail la période qui va du IIIe siècle av. J.-C. au IXe siècle apr. J.-C.
Le sanctuaire de Soknebtynis et son dromos
Le grand temple, consacré à Soknebtynis, forme particulière de Sobek, fut dégagé avec son allée sacrée entre 1931 et 1934 par la mission de Carlo Anti, mais jamais publié par ses fouilleurs. Vincent Rondot en a donné l’étude en 2004 (Tebtynis II. Le temple de Soknebtynis et son dromos, IFAO), à partir des archives de la mission padouane et des vestiges encore en place : il y décrit un vaste ensemble cultuel, dont le dromos était prévu pour la procession de la momie du crocodile sacré, et un temple de tradition proprement égyptienne dans une province réputée très hellénisée. La chronologie a depuis été révisée : le sanctuaire fouillé dans les années 1930 date du Ier siècle av. J.-C., et le temple érigé sous Ptolémée Ier a été retrouvé sous ses vestiges.
Mammisis et enclos des crocodiles
En 2023, deux campagnes ont achevé le dégagement de deux temples superposés, repérés en 2021, que Claudio Gallazzi identifie comme les mammisis successifs du sanctuaire, où le dieu renaissait et se régénérait. Le plus ancien, élevé au début de l’époque hellénistique, fut démoli vers 100 av. J.-C. et aussitôt remplacé par un second, en usage jusqu’au IIIe siècle apr. J.-C. À l’est, un grand enclos servit, de la fin du IIIe siècle av. J.-C. à la fin du IIe siècle apr. J.-C., à ensevelir des crocodiles offerts au dieu comme ex-voto ; il abritait au IIIe siècle av. J.-C. un incubateur destiné à la reproduction des animaux. Ce contexte distingue les dépôts cultuels du cimetière de crocodiles momifiés que Grenfell et Hunt avaient atteint le 16 janvier 1900 en bordure de la nécropole humaine.
Le village et ses maisons
Les quartiers ptolémaïques, auparavant inconnus, ont été dégagés sur une vaste étendue ; le secteur byzantin, enseveli sous le sable jusqu’en 2004, a été identifié. Parmi les édifices mis au jour figurent une chapelle de Thermouthis, un poste de la police du désert, un grenier du IIe siècle av. J.-C., des bains publics des IIIe et IIe siècles av. J.-C. et deux boulangeries des IVe et Ve siècles apr. J.-C. À l’est du téménos, sur environ 1 250 m², Gisèle Hadji-Minaglou a publié dix-huit maisons fouillées de 1989 à 1992 (Tebtynis IV, IFAO) : quatre du IIIe, quatre du IIe et quatre du Ier siècle av. J.-C., six du IIe siècle apr. J.-C. Espacées au début de l’époque ptolémaïque, elles se resserrent à l’époque romaine en îlots compacts, avant l’abandon du quartier au début du IIIe siècle apr. J.-C.
Papyrologues, fouilleurs de sebakh et archéologues
Bernard Pyne Grenfell et Arthur Surridge Hunt ouvrirent le site en 1899–1900 pour l’université de Californie, avec le financement de Phoebe Apperson Hearst ; Otto Rubensohn y mena deux ans plus tard une courte campagne pour les musées de Berlin. Les fouilleurs de sebakh détruisirent ensuite de vastes secteurs. Evaristo Breccia travailla sur place en 1929 (université de Florence), puis Carlo Anti et Gilberto Bagnani de 1930 à 1936 ; en 1931 furent découvertes deux caves remplies de papyrus, et en 1934 Achille Vogliano en trouva une troisième, contenant environ 750 papyrus grecs. Depuis octobre 1988, la mission franco-italienne de l’IFAO et de l’université de Milan, dirigée par Claudio Gallazzi et Gisèle Hadji-Minaglou, a recueilli environ 10 000 textes en égyptien, grec, araméen, copte et arabe.
Sources principales
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Tebtynis, une ville gréco-romaine au sud du Fayoum, Institut français d’archéologie orientale ; Claudio Gallazzi, « Umm-el-Breigât (Tebtynis) 2023 : i mammisi di Soknebtynis e l’incubatoio dei coccodrilli », Rendiconti de l’Istituto Lombardo, 158, 2025 ; Nicola Aravecchia, compte rendu de G. Hadji-Minaglou, Tebtynis IV, American Journal of Archaeology 114.1, 2010.