
En quelques mots
El-Lahoun se trouve à l’entrée du Fayoum, à l’endroit où le Bahr Youssef quitte la vallée du Nil pour obliquer vers l’ouest et s’enfoncer dans la dépression. À la lisière du bas plateau désertique, Sésostris II, roi de la XIIe dynastie, fit élever sa pyramide et, en contrebas, près du temple de la vallée, une ville planifiée destinée au personnel attaché à son culte. Flinders Petrie appela cette ville « Kahoun » ; son nom antique était probablement Hetep-Senousret. Le site réunit ainsi la tombe d’un roi, les sépultures de sa famille et l’un des habitats les mieux documentés du Moyen Empire.
Ce que l’on découvre
La pyramide se présente aujourd’hui comme une masse sombre de briques crues, privée de son revêtement de calcaire. Sa construction est singulière. Petrie constata qu’elle s’appuie sur un noyau de roche naturelle, taillé sur une douzaine de mètres de hauteur, au-dessus duquel s’élève une maçonnerie tenue par une armature de murs : des murs de pierre en partie basse, puis de brique, suivent les diagonales jusqu’au sommet et se ramifient à angle droit vers les faces, les compartiments ainsi formés étant remplis de briques crues. Autour du monument, l’enceinte royale accueillait des tombes de membres de la famille du roi, des mastabas et, à l’angle nord-est, une petite pyramide dont Petrie ne retrouva que la base taillée dans le roc.
La ville occupait environ 13 hectares à l’intérieur d’une enceinte. Son plan orthogonal aligne des centaines de maisons, de 40 à 2 400 m² environ ; un mur interne sépare un grand secteur oriental, bordé au nord par de vastes résidences, d’un secteur occidental plus densément bâti. Le point le plus élevé portait une grande demeure que Petrie nomma « l’acropole ».
Ce qu’il faut regarder
L’entrée de la pyramide, d’abord. Alors que les pyramides connues de Petrie s’ouvraient au nord, celle-ci resta introuvable pendant des mois. Le passage fut finalement atteint par un puits creusé au sud, à bonne distance du monument et dissimulé sous le dallage ; il fut ouvert en 1889–1890 par Fraser, le collaborateur de Petrie. Selon ce dernier, des graffitis relevés sur les blocs indiquent que le temple et le revêtement furent démontés sous Ramsès II pour servir de carrière.
Dans la ville, deux détails modestes disent beaucoup. Petrie releva au milieu de plusieurs rues une rigole de pierre, légèrement creusée, qui évacuait les eaux de pluie et les eaux usées ; il y voyait le plus ancien exemple connu de drainage urbain. Florence Doyen observe par ailleurs que le plan de maison le plus fréquent à Kahoun s’accompagne généralement d’une porte d’entrée au nord, disposition qui conduit la fraîcheur des brises septentrionales jusqu’au fond de l’habitation.
Son histoire
Petrie dégagea la ville et explora la pyramide à partir de 1889. Il revint à El-Lahoun en 1913–1914 avec la British School of Archaeology in Egypt : en 1914, Guy Brunton découvrit dans la tombe de la princesse Sat-Hathor-Iounet, près de la pyramide de Sésostris II, une niche contenant ses bijoux. Parmi eux figure un pectoral d’or incrusté de pierres semi-précieuses, composé autour du nom de couronnement de Sésostris II et aujourd’hui conservé au Metropolitan Museum of Art de New York.
La ville vécut bien au-delà du règne de son fondateur. Les comptes du culte royal découverts près du temple de la vallée datent surtout de Sésostris III et d’Amenemhat III, et les papyrus trouvés dans les maisons couvrent la fin de la XIIe et le début de la XIIIe dynastie. Beaucoup reste pourtant incertain : les objets furent rarement enregistrés à leur emplacement exact, et l’idée d’un quartier occidental réservé aux ouvriers, proposée par Petrie, est aujourd’hui discutée, puisque ce secteur rassemble des maisons de types et de tailles très variés.
Sources
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Florence Doyen, « La résidence d’élite : un type de structure dans l’organisation spatiale urbaine du Moyen Empire », Académie autrichienne des sciences ; W. M. Flinders Petrie, Illahun, Kahun and Gurob, 1889–1890, Londres, D. Nutt, 1891 (numérisation Internet Archive) ; Pectoral and Necklace of Sithathoryunet with the Name of Senwosret II, Metropolitan Museum of Art.