
En quelques mots
Karanis, près du bourg actuel de Kôm Aouchim, fut fondée vers 250 av. J.-C. pour loger les cultivateurs des terres nouvellement gagnées sur le lac du Fayoum. Village agricole sans prestige particulier, elle est pourtant devenue l’un des sites les plus parlants de l’Égypte gréco-romaine : maisons, greniers, temples et papyrus y ont été retrouvés ensemble, ce qui permet de lire les documents écrits dans le décor même où ils furent rédigés.
Ce que l’on découvre
Le site forme un grand tell qui domine de douze mètres la plaine cultivée, sur la crête calcaire qui borde le Fayoum au nord-est, entre l’ancienne route du Caire et un canal d’irrigation antique. Le centre du monticule manque : entre la fin du XIXe siècle et les années 1920, les paysans y ont prélevé la terre riche en débris organiques, le sebakh, pour fertiliser leurs champs. Autour de ce vide subsistent des quartiers de maisons en briques crues, serrées les unes contre les autres le long de ruelles souvent en impasse, que traversaient deux larges rues nord-sud.
Les maisons suivaient un plan très constant : des pièces souterraines voûtées pour les provisions, une cour à ciel ouvert où se faisait l’essentiel du travail domestique, et des étages desservis par un escalier continu. Les planchers et les toits reposaient sur des branches d’arbres à peine équarries.
Ce qu’il faut regarder
Deux temples de pierre émergent de cet ensemble de brique. Au-dessus de la porte principale du temple sud, une inscription grecque nomme les deux dieux crocodiles du lieu, Pnephérôs et Petesouchos. À l’intérieur, les salles se resserrent jusqu’au sanctuaire, où se dresse une haute plate-forme d’autel. Détail singulier, cet autel, comme celui du temple nord, renferme une petite chambre accessible par une ouverture basse : un prêtre pouvait peut-être s’y tenir caché pour rendre des oracles au nom du dieu, hypothèse que les fouilleurs ont formulée sans pouvoir la démontrer.
Les greniers méritent aussi l’attention. Dix grands et sept petits ont été reconnus ; leurs chambres voûtées, divisées en compartiments d’environ un mètre de profondeur, recevaient le blé de l’impôt avant son départ vers Alexandrie, puis vers Rome.
Son histoire
La ville prospéra surtout sous l’Empire romain, après qu’Auguste eut fait curer les canaux par l’armée. Des récessions marquèrent la fin du IIe siècle, puis le deuxième quart du IIIe siècle, avant un déclin devenu irréversible au IVe siècle. Les documents datés s’interrompent au milieu du Ve siècle, mais l’abandon complet de Karanis est aujourd’hui placé plus tard, peut-être entre le VIe et le VIIIe siècle.
L’université du Michigan y conduisit de 1924 à 1935 l’une des premières fouilles d’une ville gréco-romaine attentives à l’emplacement de chaque objet. Une grande partie des trouvailles est aujourd’hui conservée au Kelsey Museum d’Ann Arbor, loin des maisons qu’elles meublaient ; les archives de fouille restent donc indispensables pour comprendre ce que l’on voit sur le terrain.
Sources
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Elaine K. Gazda (dir.), Karanis, An Egyptian Town in Roman Times, Kelsey Museum of Archaeology, université du Michigan, 2004 ; T. G. Wilfong (dir.), Karanis Revealed, Kelsey Museum of Archaeology, 2014.