
Identification et localisation
Karanis correspond au tell de Kôm Aouchim, sur la crête calcaire qui forme le rebord nord-est du Fayoum, à quelque 80 kilomètres au sud-ouest du Caire. Le monticule s’élève à douze mètres au-dessus de la plaine, entre la route venant du Caire et un ancien canal d’irrigation. L’identification du site avec Karanis fut établie en 1895 par Bernard P. Grenfell et Arthur S. Hunt d’après les papyrus qu’ils y recueillirent.
Sept siècles d’un village de colonisation agricole
La ville fut fondée vers 250 av. J.-C., lorsque l’abaissement du lac Moéris permit aux Ptolémées de mettre en culture les terres de la rive nord ; elle devait loger les cultivateurs de ces terres récupérées. Après la conquête romaine, Auguste fit nettoyer les canaux et reconstruire les digues par l’armée, et l’agglomération s’étendit vers le nord. La prospérité dura jusqu’au IIe siècle apr. J.-C. ; des récessions affectèrent la fin de ce siècle et le deuxième quart du IIIe, avant un déclin irréversible au IVe siècle. Le blé versé à l’impôt, reçu dans les greniers publics contre quittance du sitologue, partait vers Alexandrie puis vers Rome.
Temples de Pnephérôs, Petesouchos et Soknopaios
La ville comptait deux temples de pierre. Le dieu crocodile Souchos (Sobek) y était honoré sous trois formes, Pnephérôs, Petesouchos et Soknopaios. Au temple sud, une inscription grecque au-dessus de la porte principale nomme Pnephérôs et Petesouchos ; une allée dallée mène à une cour à colonnes, puis à des salles de plus en plus petites jusqu’au sanctuaire et à sa plate-forme d’autel. Une salle de banquet fut construite dans l’enceinte sous Vespasien (69–79 apr. J.-C.). Dans les deux temples, des niches profondes des vestibules servaient probablement à ranger des momies de crocodiles, et chaque autel contient une petite chambre accessible par une ouverture basse, peut-être destinée à la délivrance d’oracles. Au temple nord, une momie de crocodile a été retrouvée dans le sanctuaire, et un torse d’Isis en marbre avec deux images de Soknopaios à tête de faucon dans la cour intérieure. Environ vingt-sept divinités sont attestées à Karanis, pour moitié égyptiennes et pour moitié grecques.
Maisons, greniers et pigeonniers
Les maisons de brique crue associaient pièces souterraines voûtées, cour et étages reliés par un escalier continu ; les planchers étaient faits de branches. Dix grands greniers et sept plus petits, construits sur le modèle des magasins militaires romains, ont été reconnus ; leurs chambres voûtées étaient divisées en quatre ou six compartiments. Des restes de six pigeonniers ont été identifiés, dont deux pouvaient abriter au moins 250 oiseaux.
La fouille du Michigan, 1924–1935
Depuis la fin du XIXe siècle, les sebbakhin avaient creusé le tell pour en tirer de l’engrais et en avaient détruit le centre. Sur l’initiative de Francis W. Kelsey, avec un financement de Horace H. Rackham, l’université du Michigan y ouvrit en 1924–1925 un chantier dirigé par J. L. Starkey, puis par Enoch E. Peterson (1926–1935). Le tell fut divisé en sept secteurs quadrillés en carrés de 35 mètres ; cinq niveaux d’occupation, notés A à E, furent distingués, et chaque objet fut enregistré par niveau, maison et pièce. Le gouvernement égyptien attribua à l’université près de 45 000 objets ; le service des Antiquités conserva 2 462 lots de trouvailles, répartis entre le Musée égyptien du Caire, le Musée copte, le musée de l’Agriculture et des musées de province.
La fin de Karanis en débat
Les documents datés s’interrompent au milieu du Ve siècle, date longtemps retenue pour l’abandon ; des indices archéologiques et textuels suggèrent pourtant une occupation aux VIe et peut-être VIIe siècles, l’abandon étant acquis au VIIIe siècle. Un papyrus de 439 mentionne des prêtres chrétiens, mais aucune église n’a été identifiée. Les recherches actuelles s’appuient sur les registres et films de fouille pour replacer papyrus et objets dans leurs contextes.
Sources principales
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Elaine K. Gazda (dir.), Karanis, An Egyptian Town in Roman Times, Kelsey Museum of Archaeology, université du Michigan, 2004 ; T. G. Wilfong (dir.), Karanis Revealed, Kelsey Museum of Archaeology, 2014 ; Karanis, Egypt, Kelsey Museum of Archaeology, université du Michigan.