VIIe siècle avant notre ère | Le savoir préservé dans la tombe TT 33
Je suis Padiamenopé, prêtre lecteur en chef à Thèbes au VIIe siècle avant notre ère, vers la fin de la XXVe dynastie et le début de la XXVIe. Vous me connaissez surtout par une tombe immense, aujourd’hui appelée TT 33, dans la nécropole de l’Assassif. Mes dates exactes de naissance et de mort ne sont pas connues. Les monuments conservent mon nom et mes titres, mais ils ne livrent pas le récit suivi de mon enfance. Pour comprendre mon parcours, il faut donc partir des fonctions attestées et des textes que j’ai fait inscrire, sans transformer les lacunes en aventures imaginées.
Mon titre de prêtre lecteur en chef me rattache à un monde où la maîtrise de l’écrit accompagne les rites. Les paroles récitées, les copies conservées et leur ordre avaient une importance religieuse. Une statue de scribe conservée au Musée égyptien du Caire porte mon nom et mes titres ; elle nomme également mon ascendance maternelle. Ces traces disent mon rang et mon activité lettrée, mais elles ne permettent pas de reconstituer chaque étape de ma formation. Dans l’Égypte de mon temps, un tel savoir se transmettait par des milieux de scribes et de prêtres. Mon œuvre montre que j’avais accès à une tradition très étendue.
Je vécus dans une Thèbes où les monuments des siècles antérieurs étaient partout présents. La région de l’Assassif, sur la rive occidentale du Nil, accueillait alors de grandes tombes privées. Le projet qui porte mon nom y prit une ampleur exceptionnelle. On y descend par des cours, des passages et des salles successives. Les chercheurs y comptent vingt-deux salles distribuées sur plusieurs niveaux. Cette architecture ne se réduit pas à un espace d’inhumation : elle organise un long parcours à travers des images, des formules et des compositions religieuses. Sa taille suppose le travail concerté d’architectes, de carriers, de sculpteurs, de dessinateurs et de scribes dont nous ne connaissons généralement pas les noms.
Les parois de TT 33 ont reçu des ensembles de textes funéraires parmi les plus vastes de l’Égypte ancienne. Le Livre des Morts y côtoie des compositions associées au voyage nocturne du soleil, dont le Livre de l’Amdouat, le Livre des Portes et le Livre des Cavernes. Des passages plus anciens y sont aussi transmis ou adaptés. Le choix de ces textes n’était pas un simple empilement. Leur place dans les salles, leurs images et leurs liens avec le cheminement du défunt donnent au monument une logique savante. Les études actuelles montrent que certaines versions furent remaniées et ne reproduisent pas mécaniquement un modèle antérieur.
Je ne saurais prétendre avoir gravé seul ces milliers de signes. Ma contribution fut liée au programme intellectuel et religieux de la tombe, tandis que des équipes réalisèrent concrètement le chantier. Les chercheurs soulignent l’originalité du projet et y voient une véritable mise en ordre de traditions conservées, comparées et adaptées. Il faut cependant distinguer ce que l’inscription atteste de ce que l’on déduit de son organisation. La répartition précise des décisions entre moi, les maîtres d’œuvre et les spécialistes des écritures n’est pas documentée. Leur compétence collective demeure visible sur les murs, même lorsque leurs noms ont disparu.

À travers ce monument, je voulais assurer ma mémoire et mon passage dans l’au-delà selon les croyances de mon époque. Je ne travaillais pas pour une science de l’Égypte future. Pourtant, le résultat a transmis aux générations suivantes des versions de rituels et de livres religieux qu’elles peuvent comparer à celles d’autres périodes. Le rituel de l’Ouverture de la bouche, par exemple, est conservé dans TT 33 sous une forme plus longue et plus détaillée qu’on ne l’avait d’abord compris. Le Livre des Cavernes y montre aussi comment un texte ancien pouvait être repris et ajusté pour un nouveau propriétaire.
Ma tombe a continué d’exister bien après mon époque, mais son histoire postérieure n’est pas celle d’une conservation sans rupture. Des voyageurs ont pénétré dans ces salles et les ont interprétées avec les idées de leur temps. Richard Pococke, venu en 1737, en publia une description et un plan en 1743 sans identifier correctement son propriétaire. Il imagina même un palais souterrain. Cette erreur rappelle combien l’aspect spectaculaire d’un lieu peut masquer sa fonction. Au XIXe siècle, les dimensions de la « Grande Syringe » fascinèrent encore les visiteurs et les savants, bien avant que les textes soient étudiés avec les méthodes d’aujourd’hui.
Depuis 2004, des missions associant l’Institut français d’archéologie orientale, des universités et les autorités égyptiennes documentent les salles, photographient les inscriptions et préparent leur édition. Isabelle Régen, Silvia Einaudi et leurs collègues poursuivent ce travail, avec des spécialistes de la restauration et de l’archéologie. Les relevés révèlent parfois des lectures nouvelles. Ils montrent aussi combien il reste à publier. La conservation des parois et l’accès aux espaces souterrains imposent de la prudence : notre connaissance de TT 33 est un chantier de recherche, non un livre déjà refermé.

Si je parle ici à la première personne, c’est pour vous guider dans les traces que j’ai laissées, non pour vous faire croire que mes pensées intimes nous sont connues. Mon apport à la connaissance de l’Égypte tient à cette bibliothèque de pierre : elle préserve des textes, des images et des choix de composition qui éclairent la vie religieuse et le travail savant de mon époque. Elle rappelle également que ce patrimoine résulte d’un effort collectif, depuis les artisans anciens jusqu’aux chercheurs et restaurateurs égyptiens et internationaux qui l’étudient aujourd’hui. Les questions ouvertes font partie de son histoire autant que les réponses déjà acquises.
Récit reconstitué à la première personne à partir des sources citées. Les aquarelles sont des évocations contemporaines, non des documents d’époque ni des portraits authentifiés.
