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Isabelle Régen

Relevé des inscriptions dans la tombe TT 33 — dessin photographique de reconstitution en noir et blanc
Relevé des inscriptions dans la tombe TT 33. Reconstitution artistique.

Isabelle Régen se forme à l’égyptologie avec un intérêt marqué pour les textes religieux et funéraires. Sa recherche exige une double attention : comprendre la langue ancienne et regarder la matière sur laquelle elle est inscrite. Une formule peinte ou gravée ne flotte pas hors du temps ; sa place sur une paroi, ses reprises et ses lacunes font partie de son histoire. Elle obtient un doctorat à l’université de Montpellier en 2002. Ses premiers travaux l’amènent à comparer les variantes de textes et à réfléchir à la manière dont une composition se transmet d’une époque à l’autre.

De 2003 à 2007, elle est membre scientifique de l’Institut français d’archéologie orientale au Caire. Cette période l’inscrit dans les missions, les bibliothèques et les échanges de terrain de l’institut. Elle prend part à des recherches dans plusieurs régions d’Égypte, notamment à Karnak et dans l’Assassif thébain. Chaque site impose des contraintes différentes. Dans une tombe, l’éclairage, l’état des parois et l’accès aux salles déterminent la qualité d’un relevé. Dans les archives, il faut retrouver les copies plus anciennes, vérifier leurs conventions et ne pas confondre une lecture proposée avec un signe réellement conservé.

À partir de 2006, la tombe de Padiaménopé, TT 33, devient l’un de ses principaux chantiers. Cet immense monument de l’Assassif, daté de la fin de la XXVe et du début de la XXVIe dynastie, conserve de nombreux textes funéraires. Son volume impressionne, mais sa valeur scientifique ne tient pas qu’à la quantité d’inscriptions. Les compositions y ont été choisies, adaptées et disposées selon un projet intellectuel. Régen s’intéresse notamment aux versions du Livre de l’Amdouat et du Livre des Portes. Suivre leurs variantes aide à comprendre comment les textes de l’au-delà ont été transmis et retravaillés.

La mission épigraphique dans TT 33 est collective. Claude Traunecker la dirige dans les premières années, et les universités de Strasbourg et de Montpellier collaborent avec l’IFAO et les autorités égyptiennes. Régen en devient co-directrice. Les spécialistes dessinent, photographient, vérifient et discutent chaque passage. Il faut parfois distinguer une cassure de la pierre d’une trace de signe, ou comprendre pourquoi une phrase s’interrompt. La patience des relevés conditionne la fiabilité des éditions futures. Aucune lecture ne doit être présentée comme définitive lorsqu’une surface reste difficile à voir ou qu’une restitution dépend d’un parallèle.

La mission épigraphique compare les signes conservés sur la paroi. Masque de protection et lampe frontale en galerie — dessin photographique de reconstitution en noir et blanc
La mission épigraphique compare les signes conservés sur la paroi. Masque de protection et lampe frontale en galerie. Reconstitution artistique.

Depuis 2007, Régen travaille comme ingénieure de recherche à l’université Paul-Valéry de Montpellier dans un cadre associé au CNRS. Elle poursuit les campagnes et les publications tout en participant à la vie d’une équipe. Son activité couvre aussi la lexicographie et les rituels. Un dictionnaire ou une base de données peut paraître moins visible qu’une fouille, mais il donne aux chercheurs les moyens de comparer des occurrences dispersées. Les mots changent de sens selon les périodes et les contextes. Régen contribue à rendre ces comparaisons plus exactes en reliant l’étude d’un texte à l’histoire de sa copie et de son usage.

TT 33 offre un exemple particulièrement fort de cette démarche. Padiaménopé, prêtre et lettré du VIIe siècle avant notre ère, a réuni dans sa tombe des compositions anciennes. Le monument n’est pas une simple bibliothèque de textes figés. La sélection, les transformations et l’agencement des formules renseignent sur la culture savante de son époque. Régen cherche à suivre la vie des textes à travers ces choix. Cette perspective éloigne l’étude d’une vision où un livre funéraire posséderait une seule version parfaite. Elle met au jour des traditions en mouvement, transmises par des scribes et des ateliers.

Son travail s’étend à d’autres tombes de l’Assassif et à des programmes consacrés aux toponymes de la littérature funéraire. Les noms de lieux dans ces textes ne désignent pas toujours un espace géographique ordinaire ; ils peuvent participer à un paysage rituel. Les relever et les comparer demande donc de résister à une traduction trop rapide. Les collègues égyptiens, les équipes de conservation et les institutions qui autorisent l’accès aux monuments sont indispensables à cette enquête. Les photographies et les relevés doivent également servir à la protection du site, car une paroi abîmée peut perdre des informations avant même qu’une édition soit achevée.

Étude collective des photographies et des copies de textes funéraires — dessin photographique de reconstitution en noir et blanc
Étude collective des photographies et des copies de textes funéraires. Reconstitution artistique.

La contribution d’Isabelle Régen ne se résume pas à une inscription découverte. Elle tient à une méthode de lecture qui rend les textes de TT 33 utilisables, discutables et transmissibles. En publiant des données et en signalant les incertitudes, l’équipe permet aux chercheurs suivants de reprendre une proposition plutôt que de la répéter aveuglément. Ce travail renouvelle la connaissance des croyances funéraires et de l’érudition égyptienne tardive. Il rappelle aussi que l’histoire d’un texte dépend des personnes qui l’ont copié dans l’Antiquité et de celles qui en prennent soin aujourd’hui.

Régen poursuit cette recherche dans un dialogue entre terrain, édition et enseignement. Sa place dans la liste des figures de l’égyptologie montre combien les contributions contemporaines sont souvent collectives et moins spectaculaires que les récits de découverte. À TT 33, chaque signe correctement observé peut modifier la compréhension d’une composition entière ; chaque hésitation clairement notée évite une fausse certitude. La précision n’est pas un détail réservé aux spécialistes. Elle est ce qui permet à un lecteur éloigné de la tombe de comprendre sur quelles traces repose le récit proposé.

Note sur la reconstitution. Ce récit biographique synthétise les sources citées. Les trois dessins sont des reconstitutions artistiques, ni des photographies d’époque ni des portraits documentaires attestant une ressemblance.

Sources