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Diodore de Sicile

Diodore de Sicile — Voyage et observation sur le Nil, aquarelle de reconstitution
Voyage et observation sur le Nil, aquarelle de reconstitution

Ier siècle avant notre ère | L’Égypte dans une histoire universelle

Je suis Diodore de Sicile, historien grec originaire d’Agyrium. J’ai vécu au Ier siècle avant notre ère et consacré de longues années à une Bibliothèque historique qui embrassait le monde connu de mon temps. Les renseignements personnels que nous possédons sur moi sont limités ; mon œuvre reste ma principale trace. Son premier livre s’ouvre largement sur l’Égypte, ses dieux, ses rois, ses usages et ses monuments. J’ai voulu réunir des matériaux dispersés pour des lecteurs qui ne pouvaient consulter toutes les sources anciennes. Ce projet d’histoire universelle explique ma méthode de compilation autant que mon intérêt pour les pays que je décris.

J’ai voyagé en Égypte au cours de mon travail, selon les indications données dans mon ouvrage. La date exacte de chaque étape ne peut être reconstruite sans discussion. Je suis arrivé dans un pays gouverné par les derniers Ptolémées, où les institutions grecques et égyptiennes coexistaient depuis des générations. Le Nil, les sanctuaires, les cités et les récits sur les anciens souverains offraient matière à enquête. Je dépendais toutefois de bateliers, de guides, de prêtres et d’autres informateurs égyptiens pour me déplacer et comprendre ce que je voyais. Leurs noms n’ont presque jamais traversé la transmission de mon texte.

Dans le livre I, j’expose des récits sur l’origine du monde, les dieux et les premiers rois. J’y décris aussi des coutumes religieuses, l’organisation de la société et des monuments célèbres. Le lecteur ne doit pas prendre tous ces passages pour des observations faites de mes propres yeux. J’ai utilisé des œuvres antérieures et intégré des traditions dont les origines différaient. Les chercheurs discutent notamment la place d’Hécatée d’Abdère et d’autres auteurs dans ce que je rapporte sur l’Égypte. Parfois, plusieurs versions se juxtaposent. Mon travail consistait à les ordonner dans une composition lisible, non à laisser un registre précis de chaque entretien.

J’ai choisi de commencer ma Bibliothèque par des peuples et des temps très anciens. L’Égypte occupait dans les récits grecs une place privilégiée par son antiquité et ses institutions. En présentant des savoirs attribués aux prêtres, des pratiques rituelles et des généalogies divines, je répondais à cette attente. Mais ce regard avait ses limites. Les catégories grecques par lesquelles je nommais parfois les dieux ne recouvraient pas entièrement les conceptions égyptiennes. Un lecteur moderne doit comparer mes pages avec les textes et images du pays lui-même, et ne pas laisser mon vocabulaire effacer les différences de langue ou d’époque.

Mes descriptions des monuments et des souverains ont conservé des traditions utiles à l’histoire des idées sur l’Égypte. Elles ne remplacent pas les inscriptions contemporaines des rois. Des siècles me séparaient déjà de la construction des grandes pyramides ; les histoires que l’on m’en racontait avaient pu changer. Certains passages donnent des détails observés dans l’Égypte de mon temps, d’autres répètent des explications anciennes ou merveilleuses. C’est pourquoi mon témoignage a deux valeurs distinctes : il peut renseigner sur une réalité matérielle, mais aussi sur ce que des Grecs et des Égyptiens de l’époque ptolémaïque croyaient ou aimaient raconter à propos du passé.

Diodore de Sicile — Savoirs transmis par des interlocuteurs égyptiens, aquarelle de reconstitution
Savoirs transmis par des interlocuteurs égyptiens, aquarelle de reconstitution

J’ai poursuivi mon histoire au-delà de l’Égypte pour relier de nombreuses régions et périodes. La Bibliothèque historique comptait quarante livres dans sa forme ancienne ; seule une partie en est conservée intégralement. Le premier livre, consacré à l’Égypte, a survécu, ce qui a renforcé son influence. Mon texte fut copié, lu et utilisé lorsque bien d’autres ouvrages dont je m’étais servi disparaissaient. Cette survie rend ma compilation précieuse, mais elle peut donner une illusion de proximité avec des sources perdues. Il faut se souvenir que j’ai sélectionné et réécrit ces matériaux dans la logique de mon propre ouvrage.

Les historiens contemporains discutent parfois ma fiabilité. Certains me reprochent de dépendre trop fortement d’autres auteurs ; d’autres soulignent que cette dépendance a justement sauvé des fragments de traditions anciennes. Ces deux constats peuvent être vrais. Mon œuvre n’est pas un déchiffrement des hiéroglyphes ni un rapport de fouille. Elle témoigne d’un effort de synthèse à l’époque où l’Égypte faisait partie d’un espace méditerranéen d’échanges. Elle conserve la façon dont des récits locaux, des lectures grecques et des observations de voyageurs pouvaient se rencontrer dans une histoire destinée à un vaste public.

Ma contribution à la connaissance de l’Égypte tient à cette transmission. J’ai offert à des générations de lecteurs un ensemble continu de descriptions et de récits sur le pays, en particulier dans un livre I resté accessible. Mais l’Égypte ancienne n’était pas à découvrir pour les Égyptiens qui vivaient, étudiaient et expliquaient leurs traditions. Le savoir que j’ai relayé avait des auteurs et des gardiens locaux. Les reconnaître change la lecture de mon ouvrage : les prêtres ne sont pas seulement des personnages pittoresques, ils sont des interlocuteurs et des détenteurs de documents auxquels ma narration doit beaucoup.

Diodore de Sicile — Compilation de la Bibliothèque historique, aquarelle de reconstitution
Compilation de la Bibliothèque historique, aquarelle de reconstitution

Si je parle ici à la première personne, ce récit est une reconstitution fondée sur les textes conservés. Je ne peux garantir les mots d’une conversation disparue ni prétendre que chaque détail du livre I vient de mon observation. Mon héritage est celui d’un passeur et d’un compilateur dont l’œuvre oblige à distinguer voyage, lecture et tradition. Pour savoir ce qu’elle apprend de l’Égypte, il faut la confronter aux sources égyptiennes et aux autres auteurs anciens. Cette comparaison préserve ce que mes pages apportent sans leur demander d’être une histoire définitive du pays.

Récit reconstitué à la première personne à partir des sources citées. Les aquarelles sont des évocations contemporaines, non des documents d’époque ni des portraits authentifiés.

Sources principales